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lundi 18 mars 2024

Vladimir Poutine reçoit un nouveau mandat de chef de guerre en Russie

 

Face à ceux qui la rêveraient faible ou désunie, la Russie affiche un front uni, monolithique jusqu’à la caricature. En plus du plébiscite personnel accordé à Vladimir Poutine, qui se voit reconduit au pouvoir pour un nouveau mandat de six ans, c’est le message qu’envoie le résultat de l’élection présidentielle conclue dimanche soir 17 mars, au terme de trois jours de vote. Les chiffres quasi définitifs attribuaient lundi matin le score exceptionnellement élevé de 87,32 % des suffrages au président sortant, 71 ans, que la télévision rebaptisait en « leader national », dimanche soir. La participation, elle, a été annoncée à 74,22 %.
Avec ce résultat, Vladimir Poutine bat son record précédent de 2018 (76 %) – et passe de la catégorie des résultats « à la biélorusse » à ceux pratiqués dans la baroque dictature turkmène. Autre record : à moins d’un accident, M. Poutine aura dépassé à l’issue de ce mandat, en 2030, le record de longévité au Kremlin de Joseph Staline.
Le scrutin avait été planifié pour coïncider avec les dix ans du « rattachement » de la Crimée à la Russie, le grand œuvre du premier quart de siècle de Vladimir Poutine au pouvoir. Il a finalement été rattrapé par la guerre : les trois jours d’élections ont été émaillés de bombardements et d’incursions armées dans les régions du sud du pays, d’attaques de drones en profondeur et d’incidents visiblement téléguidés de l’extérieur dans quelques bureaux de vote.

Photo : Le président russe, Vladimir Poutine, à son siège de campagne, à Moscou, le 18 mars 2024. NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

lundi 11 décembre 2023

Israël se perd dans le carnage de Gaza

 

Depuis plus de deux mois désormais, ce qui est devenu une macabre routine est en marche à Gaza. Les morts s’ajoutent aux morts, les blessés aux blessés et les destructions aux destructions sans qu’on puisse en voir le terme. En opposant leur veto, le 8 décembre, à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU en faveur d’un « cessez-le-feu humanitaire immédiat », les Etats-Unis, isolés, ont fait en sorte que le châtiment infligé par Israël envers une population tout entière se prolonge. Leur humanité attendra.
Après les massacres perpétrés par le Hamas contre des civils israéliens, le 7 octobre, le ministre de la défense, Yoav Gallant, avait estimé que l’Etat hébreu se trouvait face à des « animaux humains » et qu’il allait « agir en conséquence ». Nous y sommes plus que jamais. Le droit à se défendre est devenu celui de tout détruire.
Le bilan de la stratégie visant à éradiquer la milice islamiste à n’importe quel prix est sous les yeux de qui veut bien le voir : la mort partout, des hôpitaux à l’agonie, le dénuement et l’errance de centaines de milliers de Palestiniens poussés comme du bétail par les injonctions israéliennes d’une partie de Gaza vers une autre, puis vers une troisième. Les cris d’alarme des responsables des agences des Nations unies sur place, qui déploient, en dépit du mépris israélien, des efforts admirables pour éviter que le chaos s’ajoute à la désolation, résonnent dans le vide.

Photo : Un Palestinien blessé est transporté à l’hôpital après un bombardement israélien sur Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 décembre 2023. AFP

samedi 9 décembre 2023

La solution des deux états Netanyahou la refuse viscéralement

 

Deux mois après les massacres de masse perpétrés par le Hamas contre des civils israéliens près de Gaza, les autorités israéliennes ont décidé de porter dorénavant le fer dans le sud de l’étroite bande de terre. Là où ont afflué les déplacés chassés par les combats dans le Nord. Elles ont bénéficié d’un feu orange américain du secrétaire d’Etat, Antony Blinken : oui à la poursuite de l’offensive, non à un coût trop élevé en vies palestiniennes.
Ce feu orange garantit à court terme l’extension de la stratégie de concassage de Gaza justifiée au nom de l’éradication du mouvement islamiste. Il s’agit de l’un des deux objectifs de l’armée israélienne avec la remise en liberté des Israéliens ou étrangers capturés le 7 octobre et toujours retenus comme otages. Et ce même si ces libérations sont difficilement compatibles avec des bombardements similaires à ceux ayant déjà ravagé le nord de Gaza.
Le président des Etats-Unis, Joe Biden, a pris son risque : laisser faire l’Etat hébreu pour mieux peser sur le cours de la guerre et sur son épilogue. L’heure de vérité ne va pourtant guère tarder. Il n’est pas question pour l’instant d’un ambitieux horizon politique, la solution des deux Etats, le premier ministre israélien la refuse viscéralement. L’un des éventuels successeurs de Benyamin Nétanyahou, l’ancien chef d’état-major Benny Gantz, présenté comme pragmatique, ne s’y résout pas non plus.

Photo : Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le 28 octobre à Tel Aviv. POOL / via REUTERS

mercredi 6 décembre 2023

Les Etats-Unis adoptent des sanctions contre les colons violents en Cisjordanie

 

Certaines ruptures historiques ne sautent pas immédiatement aux yeux. Parmi les conséquences de l’attaque conduite par le Hamas en Israël le 7 octobre, il en est une qui concerne la diplomatie américaine. Accusée au Moyen-Orient de s’être rangée de façon entière et partiale aux côtés de l’Etat hébreu dans son offensive dans la bande de Gaza, l’administration Biden tente de rééquilibrer sa position ailleurs, en Cisjordanie, en s’en prenant aux colons juifs violents. Pour l’heure, les détails opérationnels de cette décision ne sont pas connus. Mais la démarche elle-même est une borne dans la relation bilatérale. Elle devrait accélérer les discussions sur ce sujet en Europe, entre les membres de l’espace Schengen.
Mardi 5 décembre, le département d’Etat a annoncé dans un communiqué que les Etats-Unis adoptaient « une nouvelle politique de restriction en matière de visa » visant des individus soupçonnés d’avoir agi « contre la paix, la sécurité ou la stabilité en Cisjordanie, notamment en commettant des actes de violence ou en agissant pour réduire de façon indue l’accès des civils à des services essentiels ou à des besoins essentiels ». Une définition très large et une boîte à outils à l’usage souple, en fonction de l’impulsion politique donnée. Le communiqué, signé par Antony Blinken lui-même, précise qu’Israël « doit prendre des mesures additionnelles pour protéger les civils palestiniens contre les attaques extrémistes ».
Mardi, le porte-parole du département d’Etat, Matthew Miller, a estimé qu’il n’y avait pas eu « un niveau suffisant d’actions de la part du gouvernement israélien » pour juguler la violence des colons, en nette hausse depuis le 7 octobre, et obliger les auteurs à rendre des comptes. Le diplomate a indiqué que cette mesure américaine devrait « concerner des dizaines d’individus et potentiellement les membres de leurs familles ».

Photo : Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, à Washington, le 5 décembre 2023. 

Mark Schiefelbein / AP

mardi 5 décembre 2023

La fuite en avant de Netanyahou

 

En presque deux mois de guerre, le bilan est maigre. Moins de la moitié des otages sont rentrés et le Hamas, malgré des bombardements d’une ampleur inégalée – entre le 7 octobre et le 20 novembre, 27 000 munitions sont tombées sur l’enclave, selon les médias israéliens –, tient si bien Gaza que la trêve a tenu sept jours sans rupture significative. Avant que le mouvement palestinien, anticipant un échec des négociations visant à obtenir une reconduction de la « pause humanitaire » ne décide, vendredi 1er décembre au matin, d’envoyer ses roquettes sur le territoire israélien, montrant ainsi qu’il garde l’initiative.
Avec 75 soldats morts côté israélien et plus de 15 000 côté palestinien, des civils dans l’immense majorité, cette confrontation est déjà la plus longue et la plus meurtrière de la série de guerres entre les deux camps, entamée en 2008. Si l’un de ses objectifs, pour Israël, est de « détruire » le mouvement islamiste, le chemin sera encore difficile.
Pendant ce temps, Benyamin Nétanyahou conforte son record de premier ministre le plus pérenne de l’histoire d’Israël. Malgré son impopularité, mise en évidence par les gigantesques manifestations contre la réforme de la Cour suprême, et malgré sa responsabilité dans le fiasco sécuritaire du 7 octobre, date de l’attaque initiale du Hamas, qui a causé 1 200 morts en Israël, rien ne garantit qu’il finisse par démissionner.

Photo : Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, rend visite aux soldats dans la bande de Gaza, le 26 novembre 2023, sur une image diffusée par le service de presse du premier ministre. 

Avi Ohayon / GPO / AP

mardi 28 novembre 2023

L'Espagne se pose en critique contre Israel dans une union Européenne prudente

 

« Condamner les vils attentats d’un groupe terroriste comme le Hamas, et dans le même temps condamner la tuerie aveugle de Palestiniens à Gaza, ce n’est pas une question de partis politiques ou d’idéologie, c’est une question d’humanité. » Devant des milliers de cadres et de militants socialistes, réunis dimanche 26 novembre à Madrid pour célébrer sa récente reconduction à la tête du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez a réaffirmé ses réserves contre les bombardements israéliens sur Gaza, menés en riposte aux attaques du Hamas du 7 octobre.
Dans une Union européenne prudente, traversée par des positions divergentes, le dirigeant socialiste, qui gouverne en coalition avec la gauche radicale Sumar, s’affirme comme l’un des plus critiques envers la stratégie militaire d’Israël à Gaza, qu’il juge « disproportionnée ». Une position qui a provoqué un début de crise diplomatique avec l’Etat hébreu.
M. Sanchez s’est en outre engagé à porter la cause palestinienne à Bruxelles. « Mon premier engagement de la législature est que le nouveau gouvernement va travailler en Europe et bien sûr en Espagne pour reconnaître l’Etat palestinien », a-t-il prévenu le 15 novembre, lors du discours au Parlement précédant son vote d’investiture. Une semaine plus tard, les 23 et 24 novembre, il était en visite officielle au Proche-Orient en compagnie du premier ministre de Belgique, le libéral Alexander De Croo, qui lui succédera en janvier à la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne.

Photo : Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et le dirigeant espagnol, Pedro Sanchez, à côté du premier ministre belge, Alexander De Croo, lors de leur rencontre à Jérusalem, le 23 novembre 2023. 

BORJA PUIG DE LA BELLACASA/AFP

Trois jeunes franco-Israélien libérés par le Hamas

 

Trois jeunes Franco-Israéliens font partie du groupe de onze otages relâchés lundi 27 novembre par le Hamas dans le cadre de l’accord entre le mouvement islamiste palestinien et Israël. Le président français, Emmanuel Macron, s’est dit « extrêmement heureux » après l’annonce de la libération d’Erez et Sahar Kalderon, 12 et 16 ans, et d’Eitan Yahalomi, 12 ans. Tous trois avaient été pris en otage le 7 octobre lors de l’attaque du Hamas dans le sud d’Israël.
La ministre des affaires étrangères, Catherine Colonna, a confié de son côté son « immense soulagement », tout en rappelant que « la priorité numéro un de la France » était « de faire libérer tous [leurs] compatriotes » encore aux mains du mouvement palestinien, mentionnant « cinq Français disparus ».
Les libérations d’otages pourraient se poursuivre puisque le Qatar a annoncé une prolongation de deux jours de la trêve censée prendre fin mardi soir. Une pause confirmée par le Hamas, mais pas par Israël.
Les avocats de la famille Kalderon ont fait part à l’Agence France-Presse (AFP) de leur « immense joie », après avoir appris que les trois adolescents étaient « désormais libres et en territoire israélien », même si celle-ci « [était] incomplète » car Ofer (53 ans), le père d’Erez et Sahar, « à cette heure rest[ait] aux mains du Hamas et que par ailleurs il rest[ait] des otages », a déclaré Me Patrick Klugman. Erez et Sahar sont français par leur mère, Hadas Kalderon, qui a elle-même perdu sa mère, Carmela Dan (80 ans), et sa nièce Noya (13 ans) dans l’attaque.

Photo : Cette image fournie par l’armée israélienne montre le jeune Franco-Israélien Eitan Yahalomi, 12 ans, alors qu’il vient de retrouver sa mère, au poste-frontière de Kerem Shalom (Israël), le 28 novembre 2023. 

ISRAEL DEFENSE FORCES / via REUTERS


samedi 25 novembre 2023

Une instagrameuse jugée pour apologie du terrorisme

 

Dans la vie, Warda A., 37 ans, est mère de deux enfants et vit séparée de leur père. Elle a grandi à Djibouti, est arrivée en France à 13 ans, a arrêté tôt l’école, a travaillé un temps comme hôtesse « dans l’événementiel » avant d’ouvrir un site de revente de vêtements en ligne. Toujours très apprêtée, elle se met régulièrement en scène dans des « stories » sur son compte Instagram, pour raconter sa vie, ses recettes de cuisine et donner son avis sur « les sujets de société » à ses 9 840 followers. Mercredi 22 novembre, Warda A. a fait salle comble à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, devant laquelle elle comparaissait pour « apologie d’un acte de terrorisme ».
En cause, deux vidéos publiées début novembre. Sur la première, enregistrée dans sa chambre d’hôtel à Deauville (Calvados), Warda A. prend la pose devant son téléphone. « Moi, il y a quelque chose qui me turlupine. Je vais vous donner le fond de ma pensée. A chaque fois que je tombe sur l’histoire du bébé qui a été mis dans le four [lors des attentats du Hamas le 7 octobre en Israël], je me pose la question s’ils ont mis du sel, du poivre (…), du thym ? S’ils l’ont fait revenir à quoi ? » Un peu plus tard, sur son compte Snapchat, elle commente à nouveau l’actualité au Proche-Orient. « Le Hamas n’est pas un mouvement terroriste. Qui n’a pas mené des guerres ? Qui n’a pas exterminé des peuples ? Qui n’a pas colonisé ? Le Hamas, c’est un mouvement politique avec une branche armée qui défend la Palestine. Il faut bien défendre ces pauvres gens ! Arrêtez de vous faire manipuler. Il faut bien qu’à un moment ça change, il faut bien respecter l’opinion des autres ! »

Photo : Dans les couloirs du tribunal correctionnel de Paris, en octobre 2023. 

JULIEN DE ROSA / AFP

mercredi 22 novembre 2023

Le drame personnel de Hala Abou Hassira

 

« A chaque annonce d’un bombardement, je scrute les noms des martyrs. Avec, toujours, cette peur que mon nom de famille apparaisse parmi la liste des victimes. J’essaie de savoir où le bombardement a eu lieu. A côté de notre immeuble ? Loin ? Quelle rue a été touchée, quelle famille ? Jamais je n’aurais cru vivre des moments pareils. » Hala Abou Hassira est l’ambassadrice d’un territoire en lambeaux et d’une ville pulvérisée, la sienne : Gaza.
Le 5 novembre, la cheffe de mission de la Palestine en France, en fonctions depuis deux ans après avoir été en poste en Belgique et au Canada, décrit l’indicible sur le réseau social X : « On vient d’enterrer trente de mes cousins et cousines, leurs enfants et petits-enfants. Vingt-huit sont toujours sous les décombres. »
Sollicitée par Le Monde, Hala Abou Hassira, 47 ans, raconte les heures passées, depuis, la main serrant en vain son téléphone. Au gré des coupures complètes des réseaux de télécommunications dans le territoire palestinien et de leur rétablissement partiel : « J’appelle Gaza vingt fois par jour, ou plus. Parfois, ça sonne et personne ne répond. 

C’est un cauchemar. »

Photo : Hala Abou-Hassira, représentante en France de l’Autorité palestinienne, chez elle, à Paris, le 18 novembre 2023. @lucien.lung / Riva Press #pourlemonde

jeudi 16 novembre 2023

La Cisjordanie qui menace d'exploser

 

Tandis que descend la lumière du soir, Ilyad El-Hazmi vient s’asseoir au milieu des tombes du cimetière de Jénine. Il s’y recueille chaque jour en mémoire de son fils Amjad, tué il y a deux ans par l’armée israélienne, et dont le corps, qui ne lui a jamais été rendu, n’est pas inhumé ici. Dans le « nouveau nouveau cimetière », comme on appelle l’endroit dans le camp de réfugiés de la ville du nord de la Cisjordanie occupée, d’autres parents en deuil s’installent. On échange à voix basse les nouvelles : nouveaux décès, dernières violences. Le cimetière est devenu une place publique. Ses tombes, ornées de fleurs, de basilic et de buissons de menthe, font de la mort un jardin, le seul du camp de réfugiés. Quelque part, non loin, quelqu’un tire, calmement, sans hâte. Comme pour se distraire. Sans doute pour s’entraîner.
La dernière opération en date de l’armée israélienne à Jénine a pris fin quelques heures plus tôt. Elle a eu lieu un matin, ce qui est inhabituel, et alimente les bavardages. Pour décrire ces hommes et ces femmes à la mine grave dans le cimetière, on dit : « un », « deux » ou « trois », selon le nombre de leurs enfants tombés en « martyrs » face à l’armée israélienne. En dehors de quelques jeunes trop curieux ou d’innocents, la plupart étaient engagés dans des groupes armés rassemblés dans la Brigade de Jénine, dite de « réaction rapide », affiliée aux Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, une émanation du Fatah, le parti du président palestinien, Mahmoud Abbas.
Ces garçons, morts pour la plupart les armes à la main et dont les portraits géants couvrent les murs, « unissent comme une famille » leurs proches, dit Ilyad, et il part dans un bon rire. C’est son genre. Il a de l’énergie, la joie bruyante et lorsqu’il lance, avec sa grosse voix, une salve de plaisanteries tout en allumant une cigarette, nul ne s’en formalise. On est entre soi.

Photos : @laurentvanderstockt #pourlemonde

jeudi 9 novembre 2023

Au Maghreb la rupture des opinions publiques avec l'Occident

 

« Désormais, le divorce est consommé. » Le diagnostic est posé sans barguigner par l’hebdomadaire marocain Tel quel dans un dossier consacré, le 20 octobre, à la « fracture ouverte entre l’Occident et le Sud global » à l’occasion de l’éclatement de la guerre à Gaza entre Israël et le Hamas. Si la pertinence du concept de Sud global fait débat en l’occurrence – l’Inde a très vite soutenu le gouvernement israélien après l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre –, la géographie des émotions est d’une homogénéité peu discutable dans le monde musulman, en particulier au Maghreb.
En Afrique du Nord, où la solidarité avec la « résistance palestinienne » est une vieille affaire, la colère ne vise pas qu’Israël et ses bombardements intenses sur Gaza causant des milliers de victimes civiles et un désastre humanitaire sans précédent. Elle s’élargit à l’Occident, perçu comme un soutien « inconditionnel » à Israël. « Les opinions publiques au Maghreb assimilent Israël à l’Occident, relève Khadija Mohsen-Finan, politologue spécialiste du Maghreb et enseignante à l’université Paris-I. Non parce qu’Israël est un Etat fonctionnant à l’occidentale, mais parce que, dans la crise actuelle, il est protégé, voire surprotégé, par les gouvernements américain et européens. »
La guerre en Ukraine, où les Occidentaux ont mis en avant le droit international pour obtenir la mise au ban de la Russie, est dans tous les esprits. La dénonciation du « deux poids, deux mesures », selon que les victimes civiles soient ukrainiennes ou palestiniennes, est devenue un leitmotiv dans le procès fait à l’Occident.

Photo : Une manifestation d’avocats tunisiens en solidarité avec les Palestiniens de Gaza, à Tunis, le 26 octobre 2023. (AP Photo/Hassene Dridi) Hassene Dridi / AP

mardi 7 novembre 2023

Les Etats-Unis dans la nasse de leur soutien à Israël

 

Deux tragédies s’entremêlent. 

La première est celle d’Israël, placé dans l’obligation de rendre le Hamas militairement infirme, parce que l’attaque du 7 octobre sur son sol a fracassé son concept de sécurité nationale. La seconde est celle des civils gazaouis, dont le supplice atteint des proportions inédites sous les bombes israéliennes.
L’administration Biden démontre la difficulté à prendre en compte les deux aspects du drame. Celle-ci a engagé sa crédibilité et ses moyens en soutien à l’Etat hébreu, dont le gouvernement est dominé par des nationalistes pyromanes et xénophobes et dont l’armée s’expose aux accusations de crimes de guerre à Gaza.
Pour le président américain, Joe Biden, ce soutien ne relève pas d’un calcul partisan, mais d’une clarté morale nécessaire face au mal incarné par le terrorisme du Hamas. Toutefois, plus les crimes de guerre de l’armée israélienne semblent s’accumuler, et plus l’horreur subie par l’Etat hébreu il y a un mois semble se diluer dans les opinions publiques.
« Si vous voulez résoudre le problème, alors il faut prendre en compte la vérité dans son intégralité, a déclaré l’ancien président Barack Obama, dans l’extrait d’un podcast bientôt diffusé. Et il faut alors admettre que personne n’a les mains propres, que nous sommes tous complices à un certain degré. » Ces propos froids et analytiques offrent un contraste inédit avec la position de son ancien vice-président.

Photo : Le président Joe Biden et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Tel-Aviv, le 18 octobre 2023. BRENDAN SMIALOWSKI / AFP


vendredi 3 novembre 2023

Le campus de l'université de Berkeley en ébullition

 

Il y a quelques semaines, Offir Gutelzon, un entrepreneur de la Silicon Valley d’origine israélienne, protestait à San Francisco contre la réforme du système judiciaire décidée par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Ce vendredi 27 octobre, il manifestait à l’université de Californie à Berkeley pour le retour des otages détenus à Gaza par le Hamas. Le groupe prodémocratie qu’il a cofondé pour les expatriés israéliens, UnXeptable, a pivoté en quelques heures, le 7 octobre. Il a collecté des fonds et organisé des vols à destination de Tel-Aviv pour les réservistes. « On travaillait pour sauver la démocratie. Maintenant, c’est pour sauver Israël », déclare-t-il.
Offir Gutelzon a apporté des photos de plus de deux cents otages. Des étudiantes en tee-shirt blanc et bleu − les couleurs du drapeau israélien − accrochent les portraits entre les colonnes du Sproul Hall, le temple de l’activisme où résonnent toutes les causes depuis plus de cinquante ans, de la fin de la guerre au Vietnam à Black Lives Matter. Rom Braslavski, 19 ans, kidnappé. Famille Brodutch. Hagar (39 ans), Ofri (10 ans), Yuval (8 ans), Oria (4 ans), kidnappés. Amelia Alony, 5 ans, kidnappée.
« Chaque photo, c’est un coup de poignard dans le cœur », murmure Eyal K. – il a requis l’anonymat –, 31 ans, un étudiant en doctorat de mathématiques, qui venait d’arriver d’Israël quand le Hamas a attaqué son pays. Le jeune homme aimerait trouver un peu plus de chaleur sur le campus californien. Lui, il n’est que « solidarité » pour les Palestiniens, qui sont « prisonniers du Hamas », affirme-t-il. Au milieu du cortège de portraits, il a l’air un peu perdu. « J’ai peur d’être pris au milieu d’un conflit énorme. »

Photo : Un rassemblement organisé en soutien à Israël sur le campus de l’université de Berkeley, en Californie, le 27 octobre 2023. 

Jessica Christian / AP

mercredi 1 novembre 2023

Gaza vingt-cinq jours sous les bombes

 

A Gaza désormais, on ne prend la peine d’annoncer les morts que lorsqu’une famille entière a été tuée. Dans ce dense tissu urbain, les générations ont pour habitude de vivre dans le même immeuble, se partageant les paliers. Depuis le 7 octobre, les bombardements menés par l’armée israélienne sur l’enclave palestinienne, en représailles à l’attaque du Hamas en Israël qui a fait plus de 1 400 morts, ont pulvérisé des centaines d’immeubles, ensevelissant leurs habitants souvent sans avertissement. Des dizaines de familles ont été rayées de l’état civil. « Mon oncle est un martyr !, écrivait sur Facebook le 26 octobre Wissam Al Naouq, traducteur et écrivain gazaoui. Il devait probablement dormir. Il a été tué avec vingt et un de ses fils, filles et petits-enfants. ».

Photo : Un homme porte le corps d’une jeune fille extraite d’un bâtiment effondré, dans le camp de réfugiés de Nousseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 30 octobre 2023. 

MOHAMMED ABED / AFP

lundi 30 octobre 2023

A Gaza la guerre urbaine a commencé

 

Jour après jour, le visage d’une guerre terrible apparaît. 

Lundi 30 octobre, voilà quarante-huit heures que l’armée israélienne a lancé – après des préparatifs et une attente de plusieurs semaines – une opération militaire dans Gaza dans l’intention d’accomplir la « destruction » du Hamas, comme l’avait rappelé, vendredi, le ministre de la défense, Yoav Gallant, juste avant qu’elle ne soit lancée. Les forces israéliennes n’ont cependant pas envoyé des divisions entières à l’assaut de l’enclave où les attendent les combattants du Hamas (environ 30 000 hommes, renforcés par des volontaires), ceux du Jihad islamique (quelques milliers) et de petits groupes plus marginaux, embusqués dans un dispositif défensif incluant un réseau souterrain géant.
Les forces israéliennes entrées dans Gaza, dont le nombre reste inconnu, progressent en plusieurs points de l’enclave, notamment dans la partie la plus au nord, entre la mer et Beit Hanoun. Dimanche, l’armée a été engagée dans plusieurs combats au sol. En même temps, des frappes aériennes, les plus massives depuis le début de ce conflit, se sont abattues sur l’enclave. Selon l’état-major israélien, plus de 450 de ces bombardements ont été lancés dans les vingt-quatre heures précédentes. Les premières avaient commencé au lendemain de l’attaque terroriste du Hamas sur Israël, le 7 octobre. Dans Gaza, cela s’est traduit par un chaos grandissant et des destructions d’ampleur.
Le bilan des personnes tuées depuis le début des bombardements, selon le ministère de la santé dans le territoire palestinien administré par le Hamas, dépasse désormais les 8 000 morts. Samedi, la défense civile à Gaza estimait que « des centaines d’immeubles et de maisons ont été entièrement détruits ». Le pire est sans doute à venir. L’armée israélienne considère que le mouvement islamiste a construit son infrastructure militaire souterraine en privilégiant les zones où se trouvent, en surface, des hôpitaux, des mosquées et des écoles.
Photo : @laurentvanderstockt #pourlemonde

lundi 23 octobre 2023

La manifestation de solidarité avec la Palestine s'est déroulée dans le calme

 

La plus grande manifestation en France de solidarité avec la Palestine depuis le déclenchement de la guerre entre le Hamas et Israël a eu lieu dimanche après-midi 22 octobre, à Paris. Selon la députée La France insoumise (LFI) Aurélie Trouvé, citée par l’AFP, les organisateurs ont dénombré quelque 30 000 participants, la Préfecture de police fait état de 15 000 manifestants, des chiffres jamais atteints depuis la guerre de l’été 2014.
Aucun incident majeur n’a été signalé. Les forces de l’ordre ont procédé à dix interpellations, notamment pour des propos antisémites et des tags sur la statue de la République, a précisé la Préfecture.
Le rassemblement statique était organisé par le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, qui regroupe une quarantaine d’organisations, dont la CGT, la FSU, LFI, le NPA, l’Union syndicale Solidaires, l’association France-Palestine-Solidarité, le MRAP, le collectif des Musulmans de France ou encore l’Union juive française pour la paix. Sur une banderole déployée au pied de la statue de la République, le collectif demande « un cessez-le-feu immédiat » et l’arrêt du « massacre à Gaza ».

Photo : @benjamingirette #pourlemonde

Le plus grand aéroport d'Europe paralysé par une panne de courant

  L'aéroport londonien de Heathrow, le plus grand d'Europe, a été contraint de fermer vendredi pour toute la journée en raison d...