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✏️ Simon Henry
(Extraits articles de presse) Libération, le Monde, le Figaro, L'Equipe, Télérama, Première, AFP, Reuters, AP News
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sentent bon les pectoraux. Sur Instagram et, surtout, TikTok, les beaux gosses rivalisent dans l’art d’allumer leurs fans. Dans des posts destinés à teaser leurs contenus (généralement : manger une glace, enfourcher un vélo ou marcher dans la rue mais toujours en mode «regardez comme je suis beau»), ils s’exhibent torse nu ou se cambrent avec des mines lascives. But : causer l’équivalent d’une déshydratation érotique. «Je vous donne soif ?» L’expression «thirst trap», littéralement «piège à soif», désigne les images sexy, postées sur les réseaux, en vue de susciter une envie, voire une frustration sexuelle.
Les pratiquants du thirst trap, généralement issus de la génération Z (nés entre 1995 et 2010), rivalisent d’audace pour attirer l’attention. De façon paradoxale, ces publications leur font une énorme publicité mais pas forcément positive. Un nombre croissant de femmes dénoncent ces images comme du «contenu non désiré», voire pire : une nouvelle forme de harcèlement sexuel. Comment comprendre ce retournement ?
Les «pièges à soif» seraient apparus vers la fin des années 2000, en plein boom de la tendance selfie. Des millions de personnes se prennent en photo devant leur miroir. Lorsque l’expression thirst trap se répand, en 2011 sur Twitter, elle désigne d’abord de façon moqueuse les postures démagogiques des femmes qui tendent un décolleté plongeant ou se cambrent devant l’objectif, afin de se faire «valider» en ligne. Très vite, cependant, des hommes empruntent ces techniques pour augmenter leur visibilité.
Lorsqu’ils ne font pas rire, les allumeurs en ligne suscitent des critiques acerbes. «Il n’y a rien qui ne me mette plus en rage que ces thirst trap sur Tik Tok, se révolte l’influenceuse Caitlin Wiig. Si je vois encore un de ces putains de mecs déballer sa came, je vomis.» Certaines femmes comparent leurs images à des dick pics et s’offusquent de subir cette forme d’agression en ligne, affirmant éprouver une «répulsion spontanée à la vue d’images non sollicitées de mâles à poil».
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📷 Jörg Meier/Plainpicture
En deux ans, Elon Musk a transformé Twitter en instrument de pouvoir au service de ses idées, qui n’en finissent pas de dériver. « Soutenez la liberté d’expression au Royaume-Uni », a-t-il exhorté, le 9 août, voyant dans les condamnations britanniques pour haine raciale une atteinte à la libre parole. En face, le gouvernement de Keir Starmer accuse le réseau social d’alimenter la désinformation et de propager un discours de haine, en pleines émeutes d’extrême droite après le meurtre de trois petites filles, attribué faussement à un musulman venu par bateau au Royaume-Uni alors qu’il a été commis par un adolescent né au Royaume-Uni, fils d’immigrants rwandais.
Elon Musk avait notamment rétabli sur X, fin 2023, le compte de l’influenceur d’extrême droite Tommy Robinson, qui, ces dernières semaines, a amplifié la fausse rumeur. Surtout, le 4 août, dans un commentaire accompagnant une vidéo publiée par ce dernier, Elon Musk avait tweeté : « une guerre civile est inévitable ».
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Lancée il y a plus d’un an, Ten Ten décolle depuis fin mai, au point d’avoir subi des problèmes techniques en raison du nombre important de connexions. L’application gratuite comptabilise désormais, selon les chiffres communiqués par l’entreprise au Monde, six millions d’utilisateurs actifs par mois. Elle est depuis quelques jours la plus téléchargée sur iOS et Android en France.
Le succès de certaines vidéos TikTok consacrées à Ten Ten pourrait en partie expliquer ce succès. Vers le 20 mai, des vidéos ont commencé à circuler, filmées par de jeunes utilisateurs. Certains se mettent en scène dans des situations burlesques (sursautant à cause de vocaux reçus en pleine nuit), d’autres mettent en garde contre les problèmes que pourrait poser l’irruption de ces messages, par exemple en cours. Certaines de ces vidéos ont engrangé des centaines de milliers voire des millions de vues, et contribué à faire connaître l’application.
« Nous ne nous attendions pas à un tel succès », confie par e-mail Jule Comar, le PDG de Ten Ten. Il vante, avec son application, « une solution sans friction : sans appel, sans sonnerie de téléphone… Cela rappelle les moyens de communication de la vraie vie. C’est précisément ce qui plaît aux utilisateurs, en quête de communications plus spontanées. » Pour lui, « la facilité d’usage et la simplicité de l’interface jouent un rôle déterminant dans cette réussite, surtout auprès des plus jeunes, qui attendent des applications qui vont à l’essentiel ».
Photo : Sam Edwards / Caiaimages / Photononstop
Il y a les humiliations, l’étalage de mépris pour les habitants de Gaza. Comme ces soldats qui s’amusent à faire du vélo dans les ruines d’un quartier pulvérisé par les bombardements, celui-là, qui s’esclaffe en tapant sur le clavier d’un ordinateur sans âge dans une école ravagée, ou bien ces autres militaires installés au domicile d’un particulier, qui singent un rendez-vous galant avec une Palestinienne incarnée par une poupée.
Il y a aussi les mises en scène de victoire, bravaches, montrant les immenses destructions causées aux infrastructures civiles, comme celle où des fantassins arborent un drapeau israélien sur le toit d’un immeuble, filmés en zoom arrière, dévoilant un océan de ruines pâles et fumantes. Il y a enfin les moments de pur vandalisme, comme ces troupes qui se plaisent à saccager et à dynamiter une mosquée vide, ne présentant aucun danger. Ou bien ce soldat passant derrière le comptoir d’une échoppe pour casser les rares marchandises qui y restent.
Toutes ces vidéos ont été postées sur des réseaux sociaux – avec une préférence pour TikTok, qui censure moins les images que Facebook, X ou Instagram – par les forces israéliennes déployées dans la bande de Gaza. Ce flot incessant d’images témoigne du sentiment d’impunité qui anime les soldats en opération dans Gaza et d’une forme de déshumanisation de la population palestinienne.
Photo : @GudsNen / @ytirawi / @MUHAMMADSHEHAD2 sur X
Dans la vie, Warda A., 37 ans, est mère de deux enfants et vit séparée de leur père. Elle a grandi à Djibouti, est arrivée en France à 13 ans, a arrêté tôt l’école, a travaillé un temps comme hôtesse « dans l’événementiel » avant d’ouvrir un site de revente de vêtements en ligne. Toujours très apprêtée, elle se met régulièrement en scène dans des « stories » sur son compte Instagram, pour raconter sa vie, ses recettes de cuisine et donner son avis sur « les sujets de société » à ses 9 840 followers. Mercredi 22 novembre, Warda A. a fait salle comble à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, devant laquelle elle comparaissait pour « apologie d’un acte de terrorisme ».
En cause, deux vidéos publiées début novembre. Sur la première, enregistrée dans sa chambre d’hôtel à Deauville (Calvados), Warda A. prend la pose devant son téléphone. « Moi, il y a quelque chose qui me turlupine. Je vais vous donner le fond de ma pensée. A chaque fois que je tombe sur l’histoire du bébé qui a été mis dans le four [lors des attentats du Hamas le 7 octobre en Israël], je me pose la question s’ils ont mis du sel, du poivre (…), du thym ? S’ils l’ont fait revenir à quoi ? » Un peu plus tard, sur son compte Snapchat, elle commente à nouveau l’actualité au Proche-Orient. « Le Hamas n’est pas un mouvement terroriste. Qui n’a pas mené des guerres ? Qui n’a pas exterminé des peuples ? Qui n’a pas colonisé ? Le Hamas, c’est un mouvement politique avec une branche armée qui défend la Palestine. Il faut bien défendre ces pauvres gens ! Arrêtez de vous faire manipuler. Il faut bien qu’à un moment ça change, il faut bien respecter l’opinion des autres ! »
Photo : Dans les couloirs du tribunal correctionnel de Paris, en octobre 2023.
JULIEN DE ROSA / AFP
Partout autour de lui, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, voit les signes cliniques du stress post-traumatique se manifester chez ses proches. Des personnes l’appellent, très agitées, incapables de dormir, bouleversées par l’océan de vidéos barbares déferlant sur les réseaux sociaux auxquelles elles sont confrontées depuis le début de l’attaque du Hamas contre Israël. « Ils sont touchés par un trouble violent, leurs corps font écran à ces événements impensables, s’émeut-il. C’est une chose de savoir qu’une personne est morte, c’en est une autre de voir les images de son corps carbonisé sur Twitter [renommé X]. »
Lui se protège des images – « je n’ai pas vu les pires » – et tente de dissuader son entourage de les regarder. « Mais c’est difficile d’éloigner les enfants de ça », constate-t-il. Car à la violence intrinsèque des massacres du week-end des 7 et 8 octobre s’ajoute le volume massif des vidéos les documentant. « On n’a jamais vu d’attaque terroriste avec autant d’images disponibles, assure Philippe Corbé, le directeur des rédactions de BFM-TV. Des milliers de petits moments filmés nous arrivent dans tous les sens. »
Des cadavres de personnes âgées étendus devant un arrêt de bus ou de jeunes femmes abattues dans leur voiture, des berceaux ensanglantés, des corps d’enfants calcinés, des vidéos de blessés achevés à bout portant, des parents portant des nourrissons morts dans leurs bras au milieu de paysages bombardés : toutes ces scènes se déversent sans filtre sur Internet.
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Photo : Un Palestinien se prend en photo devant un char israélien détruit, près de la frontière avec la bande de Gaza, le 7 octobre 2023.
STRINGER / REUTERS
Charlotte dit avoir « toujours été une petite fille ronde, complexée par son physique ».
En 2021, elle se crée un compte anonyme sur Instagram, uniquement consacré à la littérature. « J’avais envie de partager plein de choses, notamment ma passion pour les livres. Mais même avec mes amis, je ne me sentais pas légitime. Je me suis dit que ce serait l’occasion de discuter avec des inconnus, sans prendre le risque qu’ils me jugent sur mes avis ou mes goûts. »
Comme elle, sur le réseau social, des centaines de milliers d’utilisateurs (majoritairement des femmes) partagent de manière quotidienne des photos et des vidéos de leurs lectures afin d’en discuter avec d’autres passionnés. « Bookstagram, c’est le safe space [espace où l’on se sent en sécurité] qui m’a aidé à prendre confiance en moi et à m’accepter », affirme l’adolescente de 16 ans.
Alors que la santé mentale des adolescents en France est préoccupante, en particulier chez les filles, et que des spécialistes imputent ce mal-être à l’émergence des réseaux sociaux, les communautés littéraires en ligne comme Bookstagram semblent faire figure d’exception.
Photo : Ute Grabowsky/DPA RF / Photononstop
L’obsession du reflet, nourrie par les injonctions de beauté qui pèsent fortement sur les femmes, peut se transformer en une véritable pathologie psychiatrique, qui déforme la façon dont les personnes se voient. Un profond mal-être amplifié par les filtres et retouches photo des réseaux sociaux.
Un démon grimé en lycéenne sexy, qui exploite sa beauté pour dévorer les hommes. Dans le film Jennifer’s Body, réalisé par Karyn Kusama en 2009, le personnage interprété par Megan Fox voue un culte absolu à son «corps de rêve». Mais en dehors des plateaux, l’actrice américaine abhorre son physique. Dans un entretien accordé à Sports Illustrated le 15 mai, la célébrité, désignée «femme la plus sexy du monde» en 2010 par le magazine masculin FHM, a révélé souffrir de dysmorphophobie : «Je ne me vois pas vraiment de la manière dont les gens me voient. A aucun moment de ma vie je n’ai aimé mon corps. Jamais.»
Le trouble dysmorphique corporel (TDC), ou dysmorphophobie, est une pathologie psychiatrique caractérisée par la vision erronée et obsessionnelle de son apparence. L’individu se focalise sur une partie de son corps qu’il juge responsable de son mal-être. La dysmorphophobie toucherait environ 2 % de la population, soit plus que l’anorexie (1,5 %), et concernerait une majorité de femmes (61 %), selon le manuel MSD, référence mondiale des informations médicales.
Capucine connaît le terme depuis longtemps. A 15 ans – elle en a aujourd’hui 23 –, elle a commencé à avoir un comportement qui a inquiété sa mère. «Au début, c’était juste du narcissisme : dès que je passais devant un miroir je me regardais. Puis, c’est devenu malsain. J’ai commencé à me comparer à tout le monde, à faire de plus en plus attention à mon reflet et à me concentrer sur de minuscules détails.»
👉 L’article de Colombe Serrand est à lire en intégralité dans l’appli Libé.
Présente à Cannes jeudi 18 mai, la jeune actrice et fille de Benjamin Biolay et Chiara Mastroianni s’est retrouvée au cœur d’une ire 2.0. Des commentaires sur son statut d’enfant de star, mais surtout et bien plus nauséabond, des insultes sur son physique.
La réaction ne s’est pas fait attendre, notamment sur Twitter, où on peut lire, entre autres : «Le népotisme du star-system en pleine action !» «Si c’était là fille de monsieur Tout-le-Monde, elle n’aurait aucune chance, merci grand-mère, maman, papa… Pouah !!!», «Une jeune femme issue d’un milieu dépourvu de bagage culturel, qui a dû faire son chemin seule, sans aide, sans privilège, sans nom(s), sans héritage et sans réseau…» Jusque-là, rien de surprenant : postuler qu’il est plus facile pour Anna Biolay d’avoir ses entrées dans le cinéma que tout aspirant acteur sans pedigree ou contacts dans le milieu est logique, et l’exprimer en grinçant, recevable. D’autres avant elle ont d’ailleurs fait les frais de cette ire 2.0 (citons en France Suzanne Lindon, Louis Garrel), y compris de la part de leurs pairs, telle Lily-Rose Depp étrillée par la mannequin Vittoria Ceretti. On remarquera tout de même que le combo paillettes-célébrité-glamour attise à l’évidence le rejet.
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📸 Gonzalo Fuentes/REUTERS
✍️ @sabbchamp
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