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mercredi 29 janvier 2025

En Afghanistan la résistance des femmes sous l'ordre taliban

 

Ces photos sont issues du reportage « No Woman’s Land », réalisé par Kiana Hayeri, photojournaliste canado-iranienne, et Mélissa Cornet, Prix Carmignac du photojournalisme.

Entre janvier et juin 2024, toutes deux ont parcouru sept provinces de l’Afghanistan pour enquêter sur les conditions de vie imposées aux femmes et aux filles par les talibans. Elles ont rencontré plus de 100 Afghanes, interdites d’école et enfermées chez elles, des femmes journalistes et militantes, luttant pour leurs droits, et des membres de la communauté LGBTQ+.

Elles documentent comment les talibans, dans le cadre d’une société profondément patriarcale ont systématiquement éliminé les femmes de la vie publique en leur retirant les droits les plus élémentaires. Fin août 2024, le régime taliban a encore renforcé son contrôle en promulguant une nouvelle loi obligeant les femmes à se couvrir le visage d’un masque et en leur interdisant de faire entendre leur voix en public, y compris en chantant, en récitant ou en lisant à haute voix. #LeMonde 

lundi 27 janvier 2025

Susana Chavez la poétesse martyre de la cause féministe

 

Le célèbre slogan “Ni una más” (“pas une de plus”) est associé au nom de Susana Chávez, pionnière de la lutte contre les féminicides. Le 6 janvier 2011, la poétesse, 36 ans, était elle-même assassinée à Ciudad Juárez, au Mexique, dans une ville où les violences faites aux femmes battent de tristes records. Depuis sa mort, la phrase est devenue un cri de ralliement pour les militantes du monde entier. « Dans chacun des textes que tu nous as laissés, nous nous souvenons de toi » est gravé sur la tombe de Susana Chávez. Pourtant, presque rien n’a jamais été écrit sur cette poétesse et le peu que l’on sache d’elle relève en partie de la légende. Ses manuscrits sont conservés chez sa mère. Des textes qui évoquent la violence, le désir lesbien et son attachement au désert environnant. Certains sont rédigés à la main, d’autres tapés à la machine. À l’aune de la tragédie, ces archives revêtent une charge prophétique. Retrouvez notre reportage en cliquant sur le lien linkin.bio de notre profil.

📷 @polvitodeluz #PourMLeMagazineDuMonde
✏️ @laurenedaycard

lundi 23 décembre 2024

Anne-Cécile Mailfert la féministe qui compte

 

À la tête de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert est l’une des figureAnne - Cécile Mailfert la féministe qui compte s de proue de la cause féministe. Depuis 2016, cette ancienne militante de terrain a fait de la levée de fonds le cœur de son engagement. Elle a fait de l’argent son métier, sa cause, son quotidien. Recherche de mécénats d’entreprises, organisation d’événements, appels aux dons... l’efficace argentière ambitionne de fédérer au-delà des cercles militants et appelle à ne pas laisser retomber la mobilisation déclenchée par le procès des viols de Mazan. Cette année, la Fondation des femmes a fêté son huitième anniversaire et, en juillet, a été reconnue d’utilité publique. Un cap important pour la structure qui peut désormais lancer des collectes plus larges et recueillir des legs. « L’argent, c’est le nerf de la guerre, répète-t-elle. Sans moyens, on ne peut pas aider les femmes. La lutte pour leurs droits est sous-financée partout dans le monde. » Après des débuts discrets, sa structure est désormais incontournable dans la lutte pour les droits des femmes et contre les violences sexuelles et sexistes. Retrouvez notre article en cliquant sur le lien linkin.bio de notre profil.

📷 @nathaliemohadjer #PourMLeMagazineDuMonde

vendredi 20 décembre 2024

En Chine la comédie qui ose le féminisme

 

Sorti en novembre, “Her Story”, de la réalisatrice Shao Yihui, a conquis le box-office chinois. Loin du conservatisme prôné par le pouvoir, les aspirations émancipatrices portées par les actrices font écho à celles qui traversent le pays. Le féminisme et le patriarcat, le consentement et les violences sexuelles, l’homosexualité et les normes de genre, le journalisme et la censure : tous ces sujets de société, qualifiés d’ordinaire de « sensibles » en Chine, sont au cœur du film. Plus qu’une grande déclaration politique, Shao Yihui veut poser les interrogations du moment sans attaquer de front le système. Peut-être cette approche explique-t-elle que le film ait passé la censure. Dans une interview au site Yangtze Evening News, la cinéaste dit avoir mis en scène ses « réflexions et observations sur les femmes, l’éducation, les relations entre les genres ». Retrouvez notre article en cliquant sur le lien linkin.bio de notre profil. #LeMonde 

📷 Tiger Pictures Entertainment
✏️ Harold Thibault

lundi 2 décembre 2024

Face à la poussée masculiniste des jeunes américaines tentées par la rupture

 

La vidéo a été postée sur TikTok le 6 novembre, à peine quelques heures après que l’élection de Donald Trump a été confirmée. Assise sur son canapé, son chat dans les bras avec l’hymne national en fond sonore, une utilisatrice du réseau social, surnommée Rabbitsandtea, se filme avec son smartphone : « En tant que femme américaine, je fais ma part du travail en quittant mon petit ami républicain et en rejoignant le mouvement 4B. » En quelques jours, sa vidéo atteint 1,8 million de vues et cumule 39 000 commentaires, majoritairement de jeunes internautes américaines. Depuis l’élection présidentielle américaine, le hashtag #4B est devenu viral sur les réseaux sociaux, chaque post est lu plusieurs millions de fois. Né en Corée du Sud au début des années 2010 en réaction aux violences faites aux femmes et aux normes de genre écrasantes dans le pays, le mouvement tire son nom de quatre refus : ne pas avoir de relations romantiques avec les hommes (biyeonae), ni de relations sexuelles (bisekseu), ne pas les épouser (bihon) et ne pas avoir d’enfant avec eux (bichulsan). Sur X, une jeune Américaine enfonce le clou en postant : « Mesdames, nous devons commencer à envisager le mouvement 4B comme les femmes de Corée du Sud, et imposer à l’Amérique une forte baisse du taux de natalité », avant de se voir bannie du réseau social, dont le propriétaire est Elon Musk, pour « violation des conditions d’utilisation ». Retrouvez notre article sur lemonde.fr

📷 Allison Bailey/NurPhoto/AFP

mercredi 2 octobre 2024

Libération du jeudi 3 octobre 2024

 

Budget : quoi qu'il en coupe. C'est la une de

jeudi. Au programme du projet de loi de ­finances présenté jeudi prochain : 20 milliards de hausse d’impôts et 40 milliards d’économies sur les dépenses publiques. La rigueur est de retour.

vendredi 27 septembre 2024

"Jeanne Dielman" itinéraire d'un film culte

 

Longtemps, le film de Chantal Akerman, présenté à Cannes en 1975, a été un chef-d’œuvre confidentiel. Un secret de cinéphiles admirateurs de ce récit féministe de plus de trois heures, relatant le quotidien répétitif d’une femme au foyer, qui se prostitue en fin de journée. Puis les regards ont évolué, jusqu’à la consécration, en 2022, où “Jeanne Dielman” a été désigné meilleur long-métrage de l’histoire par un large panel de critiques. Une telle reconnaissance est-elle le résultat d’un lobbying ou bien d’une mutation historique ? Jeanne Dielman est-il un cheval de Troie féministe ou un chef-d’œuvre incontestable ? Un peu de tout cela sans doute. Mais cela ne plaît pas à tout le monde. Certains, comme le scénariste et réalisateur Paul Schrader, y voient l’empreinte du « mouvement woke », quand Éric Neuhoff, du Figaro, compare le personnage à une « Maïté pour intellos ». Son collègue du « Masque et la plume », Jean-Marc Lalanne lui répond, via un billet où il estime que la reconnaissance envers une cinéaste d’avant-garde « fait très peur aux vieux petits garçons conservateurs », et s’en prend à « l’imaginaire phallocentré d’Éric Neuhoff ». Qu’aurait pensé Chantal Akerman de cette reconnaissance ? « Elle n’aurait pas boudé son plaisir », s’esclaffe Sonia Wieder-Atherton, son ancienne compagne. Applaudi par un public de plus en plus nombreux, le travail de la réalisatrice belge disparue en 2015 fait l’objet d’une grande rétrospective au Jeu de Paume, à Paris. Retrouvez notre article en cliquant sur le lien linkin.bio de notre profil.

📷 akg-images / Marion Kalter ; Collections CINEMATEK et Fondation Chantal Akerman/Virginia Haggard-Leirens ;
✏️ @clement.ghys

mercredi 10 juillet 2024

Ces mères confrontées à un ex-conjoint violent

 

C’est à l’hôpital, où elle s’était rendue pour faire soigner sa mâchoire fracassée par les coups de son compagnon, que Béatrice (tous les prénoms ont été changés) a appris qu’elle était enceinte. Lors de ses douze jours d’hospitalisation, elle a décidé deux choses : qu’elle garderait cet enfant et qu’elle réussirait à quitter son père. Neuf mois plus tard, un petit garçon est né. Il a fallu attendre deux ans de plus pour qu’elle parvienne enfin à fuir, après une énième explosion de violences, son petit dans les bras. A l’époque, Béatrice avait 28 ans et était « à ramasser à la petite cuillère ». « Mon fils m’a permis de le quitter. J’avais plus peur pour lui que pour moi. Ça m’a donné l’élan », raconte-t-elle, huit ans après. Une autre page s’est alors ouverte : celle du partage, avec son ex-compagnon violent, mais jusqu’à présent jamais condamné pour ces faits, des responsabilités parentales.
Lorsqu’un couple « normal » se sépare, les psychologues soulignent souvent l’importance de préserver le couple parental. Mais comment faire en cas de violences conjugales ? Quelle place laisser au père de l’enfant s’il est aussi l’agresseur de sa mère ? A quels risques s’exposent celles qui maintiennent un lien, sous la contrainte ou de leur plein gré ? Que disent-elles, ces femmes abîmées, à leurs enfants qui continuent (ou pas) de voir leur père ?
Trois d’entre elles ont accepté de témoigner. Béatrice, 36 ans, factrice dans la Loire, est mère d’un garçon de 10 ans. Hélène, fonctionnaire séparée depuis près de deux ans, vit à Marseille avec son fils de 3 ans et demi. Melinda, agente administrative en région parisienne, a deux filles de pères différents. L’aînée, âgée de 10 ans, n’a pas connu le sien. La cadette, 3 ans, le rencontre tous les quinze jours dans les locaux d’une association, lors de « visites médiatisées » – en présence d’un tiers.

Retrouvez-le en suivant le lien sur notre profil.⁣⁣ #LeMonde

Illustration : Séverin Millet

lundi 17 juin 2024

Vive la sexualité libre dans "Bridgerton"

 

En rentrant de manif samedi, l’heure était à la lassitude. L’hiver étant interminable à Paris, on a repris les bons réflexes. Tisane, plaid, chocolat, Netflix : la Chronique des Bridgerton, dont les derniers épisodes de la troisième saison sont sortis jeudi 13 juin. Episode 6, Benedict Bridgerton, un des frères, dîne avec la femme avec qui il s’encanaille et un ami à elle. La scène ressemble à une banale discussion où un proche intimide un peu le nouveau petit-ami pour le tester. Jusqu’à ce que la tension – sexuelle – monte. Il s’agit bien d’une proposition. Lors de multiples parties de six jambes en l’air (des scènes dont nous n’apercevrons que des baisers), Benedict découvre sa bisexualité, une orientation sexuelle quasi jamais représentée à l’écran, notamment chez les hommes.
Les personnages bi, plus récurrents chez les femmes parce qu’elles sont hypersexualisées, récupèrent le plus souvent des rôles de meurtriers, de méchants, de pervers, comme dans Basic instinct ou Blue Velvet, un archétype biphobe, comme le soulignait Têtu. Loin d’être un banal «doudou», cette fin de saison signe ainsi le coming out queer de la série, et confirme son parti pris féministe.

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✍️ Miren Garaicoechea
📸 Liam Daniel / Netflix

samedi 15 juin 2024

L'inspection des armées appelle à une révision profonde de la gestion des violences sexuelles

 

Un peu moins de trois mois après la divulgation, dans Le Monde, de premiers témoignages de militaires dénonçant des faits d’agressions sexuelles et sexistes au sein des armées, le ministère des armées a décidé, jeudi 12 juin, de rendre public le rapport de la mission d’enquête diligentée sur le sujet, mi-avril, afin de faire le point sur les manquements de l’institution. Un rapport qui assume les failles du système de détection et de prise en charge des victimes, tout en listant cinquante recommandations pour y remédier rapidement.
Confié à un collège d’inspecteurs généraux des armées, ce rapport de 150 pages reconnaît ainsi, dès son préambule, que les violences sexuelles et sexistes dénoncées ces derniers mois ont « semé le doute » et que le « dispositif actuel ne saurait satisfaire ». « Toute violence sexuelle et sexiste menace la fraternité d’armes », avancent aussi les rédacteurs du rapport, qui militent pour un net durcissement de la politique de sanctions actuelles, afin, notamment, de se rapprocher du système en vigueur au sein de l’armée britannique, considéré comme plus vertueux.
Parmi leurs principales recommandations figure une profonde refonte de la cellule Thémis, ce service de moins d’une dizaine de personnes qui était chargé, depuis 2014 – date des premières affaires publiques de violences sexuelles au sein des armées –, de la centralisation des signalements des victimes. Considérée comme largement « sous-dimensionnée », Thémis devrait voir ses effectifs renforcés, afin d’en faire désormais une « véritable tour de contrôle » de la qualité du suivi des victimes et des procédures internes, prône le rapport.

Photo : Solène a porté plainte contre un officier qui l’avait agressée sexuellement, une plainte classée au motif que la sanction prise par l’armée – un blâme ministériel – « paraît suffisante » aux yeux du tribunal judiciaire de Rennes. @axellephotographe #pourlemonde

mercredi 14 février 2024

Marie Dosé

 

Le portrait de Marie Dosé, avocate madone des hommes accusés de violences sexuelles et féministe revendiquée
Dans une ère post #MeToo, c’est la madone des hommes en perdition. Son nom se refile parmi les célébrités mises en cause pour violences sexuelles, de Samuel Theis, la révélation d’Anatomie d’une chute, à Jacques Doillon, le réalisateur accusé d’agression sexuelle par Judith Godrèche, en 1987, quand elle avait 15 ans. «Allez donc voir Marie Dosé‚ mieux…», recommandent aussi nombre d’avocats masculins, heureux de lui renvoyer les affaires sensibles. Frédéric Beigbeder a ainsi pris rendez-vous en novembre chez la pénaliste, il venait d’apprendre que son ancien flirt, une étudiante, avait déposé plainte pour viol, au lendemain de leur rupture. L’écrivain a filé avec son indicible secret dans un petit immeuble près de Drouot. Un appartement vieillot, vibrant de jeunes collaboratrices et puis elle, Marie Dosé, toute pâle et frêle, tête de moineau, carré noir, des yeux ardents, d’abord méfiants. Pas le genre à cajoler l’artiste. Juste écouter l’innocence clamée, l’amour underground oui, violer jamais. Interrogatoire serré, les faits, le droit, la procédure, déroulé de la tempête médiatique à prévoir, inévitables dégâts. «J’en suis ressorti KO», confia Beigbeder à ses proches. «Sacrée nana. Dure, rogue mais elle écrit bien, parle cash…»

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✍️ Sophie des Déserts

📸 Marie rouge @lesjouesrouges

mardi 24 octobre 2023

Le Maroc s'apprête à réviser la Moudawana

 

Pour le mouvement de défense des droits des femmes au Maroc, tous les espoirs sont permis. Le royaume chérifien s’apprête à réviser la Moudawana, son code de la famille, vingt ans après la réforme phare du début du règne de Mohammed VI qui visait à consacrer l’égalité des droits entre les hommes et les femmes – jusqu’alors condamnées à une vie sous tutelle masculine – mais dont les associations féministes n’ont cessé de pointer les lacunes. Le roi a appelé le gouvernement à s’emparer du sujet. Le 26 septembre, il lui a donné six mois pour soumettre des propositions d’amendements.
Le projet de faire évoluer la Moudawana avait déjà été introduit par le souverain en juillet 2022 à l’occasion de la Fête du Trône. « Le code de la famille a représenté un véritable bond en avant. Désormais, il ne suffit plus en tant que tel », avait-il déclaré. En tant que commandeur des croyants, Mohammed VI avait également fixé le périmètre de la réforme, qui ne peut enfreindre les textes coraniques formels : « Je ne peux autoriser ce que Dieu a prohibé, ni interdire ce que le Très-Haut a autorisé. »
L’équation s’annonce complexe dans les concertations qui s’ouvrent au Maroc, pilotées par le ministère de la justice et le pouvoir judiciaire, tant le code de la famille est sujet aux confrontations idéologiques. D’un côté, les associations féministes sont en ordre de marche pour obtenir des avancées réelles, saisissant l’opportunité de l’impulsion royale et d’un gouvernement réputé plus libéral après dix ans de pouvoir du parti islamiste (2011-2021). De l’autre, des voix, politiques et religieuses, plaident pour le statu quo au nom de la défense des fondements identitaires du Maroc.

Photo : Un couple marocain à Rabat, en 2005. ABDELHAK SENNA / AFP

vendredi 25 août 2023

Luis Rubiales s'accroche à son poste

 

Le patron de la Fédération espagnole de foot s’accroche finalement à son poste et s’est livré à une rhétorique victimaire, tout en qualifiant de «consenti» le baiser imposé à la joueuse Jennifer Hermoso.

Les salves de critiques venues de toute part, puis l’ouverture d’une procédure disciplinaire par la Fifa jeudi, n’auront pas eu raison de son obstination. Dénonçant un «faux féminisme», Luis Rubiales s’est dit victime d’un «assassinat social», tout en défendant un geste «consenti» par la joueuse de la #Roja.

Plus d'infos sur l'appli Libé

✍️ Léna Coulon
📸 Juan Medina / Reuters

mercredi 19 avril 2023

En Russie le féminisme jugée extrémiste

 


L’assassinat d’un blogueur ultranationaliste dans un café de Saint-Pétersbourg, le 2 avril, pourrait faire une victime collatérale inattendue : le mouvement féministe russe. Selon la version officielle un rien baroque, la principale suspecte, la jeune femme qui a offert une statuette piégée au blogueur, aurait agi en coordination avec, à la fois les services secrets ukrainiens et des responsables en exil du mouvement d’Alexeï Navalny, l’opposant emprisonné.


Les médias russes, eux, s’intéressaient avec une certaine gourmandise à un autre aspect de la vie de Daria Trepova, auteure présumée de l’attentat : son intérêt pour le féminisme (et le véganisme), visible sur les réseaux sociaux. Il n’en fallait pas plus pour que des dizaines d’anonymes et d’officiels établissent un lien. Ces derniers se sont rapidement trouvé un porte-parole en la personne d’Oleg Matveïtchev, député à la Douma, la Chambre basse du Parlement russe, du parti au pouvoir, Russie Unie. Pendant plusieurs jours, M. Matveïtchev s’est répandu en interviews à la télévision et dans les journaux pour défendre sa proposition : reconnaître au « féminisme radical » le statut « d’idéologie extrémiste », avec comme conséquence évidente, son interdiction.

Photo : Daria Trepova, au tribunal de Moscou, le 4 avril 2023. Elle est la principale suspecte de l’assassinat d’un blogueur ultranationaliste dans un café de Saint-Pétersbourg, le 2 avril 2023. 

BORIS ALEKSEEV / Anadolu Agency via AFP

mercredi 22 mars 2023

We are coming le film

 


«La première fois, j’avais 5 ou 6 ans. 

En grimpant à la corde à nœuds, en cours de sport. Je croyais être la seule, mais si ça se trouve on était la moitié de la classe !» Au début de @we_are_coming_lefilm, documentaire de @nina.faure.doc, en salles le 22 mars, une femme, sourire aux lèvres et la quarantaine bouclée, raconte son premier souvenir d’orgasme. Des années avant la vague #MeToo, c’est en bavardant entre copines que la réalisatrice montpelliéraine s’en est rendu compte : pourquoi connaît-on si mal le corps féminin, et a fortiori son épicentre vaginal et clitoridien, à la forme florale caractéristique ? D’émissions en manuels de biologie, le refrain est asséné tel un mantra : le plaisir féminin serait plus mystérieux, passif, psychique, circonscrit à quelques zones et plus rare que son homologue masculin. D’après une vaste étude américaine de 2017, les moins bien loties en matière de jouissance seraient les femmes hétérosexuelles, loin derrière les lesbiennes ou bisexuelles et les hommes. Pourquoi continuer alors à réduire la sexualité à la pénétration et à des «préliminaires» bien mal nommés ?

Par cette (petite, mais centrale) porte de l’intimité sexuelle, la trentenaire remonte le fil de cette révolution, auquel elle contribue en libérant et enregistrant ces paroles jusque-là taboues.

Le CNC, qui refuse d’abord plusieurs fois, accepte enfin péniblement de financer une partie du film. Parmi les motifs invoqués, le film ne serait pas représentatif de toutes les femmes car certaines aiment la soumission, raconte la réalisatrice.

L’enquête, qui brasse large, la fait croiser une émouvante @sandrousseau en 2018, témoignant des conséquences monumentales de sa prise de parole dans l’affaire Baupin sur sa vie à elle. Ou @carolinedehaas, expliquant la différence de nature entre drague – créer un moment sympa – et harcèlement – faire pression en suscitant une situation désagréable. 

A tous ceux qui doutent du sérieux de ces préoccupations, qui trouvent «qu’elles exagèrent» ou qui se sentent menacés-accusés-rejetés : courez en salles !

✍️ Clémence Mary

📷 Extrait de «We Are Coming». 

(We are coming Productions)

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