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dimanche 19 novembre 2023

Neige Sinno

 


Gestes saccadés, voix douce, Neige Sinno lit le rapport final de la Ciivise dans la salle désertée d’un grand café parisien. L’autrice, l’une des voix de cette rentrée littéraire avec «Triste Tigre», récompensé du prix Femina, est émue de voir l’aboutissement de ce long travail. «C’est très engagé. C’est extraordinaire ce qu’ils ont fait», lâche-t-elle. Dévoilé vendredi 17 novembre, le rapport de la commission fera l’objet d’une restitution publique lundi 20 novembre, journée mondiale de l’enfance, en parallèle de l’annonce d’un plan gouvernemental contre les violences faites aux enfants. Les inquiétudes sur le maintien de la Ciivise étaient grandes, et ont mobilisé politiques comme associations ces derniers jours ; ce dimanche, la secrétaire d’Etat à l’Enfance, Charlotte Caubel, rassurait en confirmant auprès du JDD son «maintien», avec un élargissement de ses prérogatives, évoquant notamment «l’accès à la pornographie», «l’éducation à la sexualité» et la «prostitution des mineurs» – sans toutefois entrer dans les détails sur les modalités de ce maintien.
Les conclusions de la Ciivise résonnent avec force en Neige Sinno, d’autant que les mots de l’autrice, cités dans la synthèse, ont nourri des travaux entamés il y a près de trois ans dans le sillage du mouvement #MeTooInceste. Jouant avec les frontières de l’autobiographie et de l’essai, «Triste Tigre» nous plonge au cœur du «pays des ténèbres», celui dans lequel sont précipités 160 000 enfants chaque année, celui de l’inceste et des violences sexuelles. Pour @liberationfr, Neige Sinno évoque la manière dont son livre conjugue le «je» et le «nous», l’expérience individuelle et le fait de société.

👉 L'interview par Marlène Thomas est à lire en intégralité dans l'appli Libé

📷 @___laurastevens___

lundi 6 novembre 2023

Le prix Femina à Neige Sinno

 

Le prix Femina revient à «Triste tigre» (éditions P.O.L). Neige Sinno, qui succède à Claudie Hunzinger. Extrait de la critique parue en août dans Libé :
Avec quels mots et sur quelle tonalité entamer le récit des viols subis pendant sept ans de la part d’un beau-père ? Neige Sinno est une écrivaine douée d’une délicatesse et d’un volontarisme tels qu’elle ouvre son texte en mettant les pieds dans le plat sans les y poser complètement. Elle fait mine d’inviter le lecteur à suivre une conversation entamée avant son arrivée. Il est le bienvenu. Première phrase, donc, pour adoucir l’entrée dans cette boue : «Car à moi aussi, au fond, ce qui me semble le plus intéressant est ce qui se passe dans la tête du bourreau. Les victimes, c’est facile, on peut tous se mettre à leur place.» A plusieurs reprises, Neige Sinno précise qu’elle ne veut pas faire de l’art avec cette histoire. Bien qu’elle n’esthétise jamais son texte, il relève bien de la littérature, tant il est construit et écrit avec une acuité rare.
Avec l’humour parfois noir qui imprègne son écriture, Neige Sinno à la fin de son récit revient sur l’absence de témoignage des bourreaux : «Moi-même, si je voyais mon propre livre sur un étalage, je ne suis pas sûre que je serais intéressée. En revanche si mon beau-père écrivait un essai, je serais la première à le lire. Notre monde vu par les yeux d’un violeur d’enfant, oui c’est un texte dans lequel je voudrais me plonger.» Il faut lire bien sûr Triste Tigre, dont la profondeur et la finesse sont singulières. Avec une persévérance diffuse, il est question de «l’extrême violence sans violence que sont les abus» et du silence, possiblement meurtrier pour la victime, qu’impose le pouvoir du bourreau.

✍️ Virginie Bloch-Lainé
📷 Helene Bamberger / Opale

mardi 29 août 2023

"Triste Tigre" de Neige Sinno

 

« Il avait sur moi une toute-puissance qui lui donnait pendant le temps des viols la sensation d’être un surhomme. Il pouvait décider de ma vie ou de ma mort. 
Cette identité de monstre qu’ils rejettent tous ensuite, à un moment donné, ils l’ont incarnée avec une jouissance folle. Être un monstre, une fois que la société vous regarde c’est être un sous-homme, mais quand personne ne vous voit c’est l’inverse, vous êtes un roi. »Ce récit se lit en apnée et c’est une lecture dont on sait qu’elle restera ancrée pour toujours dans notre mémoire.Neige Sinno y relate les viols qu’elle a subis durant toute son enfance de la part de son beau-père. Elle analyse les mécanismes à l’œuvre dans la relation entre la victime et son bourreau. Elle se met dans la tête du bourreau. 
Elle montre ce que c’est, ensuite, de vivre avec ça et sort d’elle-même pour mieux expliquer ce qui, depuis, la constitue. Sans fioritures ni effets de style, sans complaisance ni pathos - et même, parfois, avec humour. 
Un très grand livre. 
Essentiel. 

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