Béatrice Denaes est née une seconde fois à l’âge de 62 ans. La première fois, en 1956, on lui a attribué le genre masculin. Une assignation qu’elle a toujours refusée intérieurement. «Petit Jésus, fais que je sois une fille», récite-t-elle enfant, les mains tournées vers le ciel. Mais ses prières du soir tardent à être entendues. «Dans les années 1960, on ne parlait pas de transidentité, regrette-t-elle. Je ne savais pas pourquoi je me sentais fille dans un corps de garçon, donc j’ai dû assumer un côté masculin, tout en essayant de “survivre” : dès que je le pouvais, je m’habillais en fille. En cachette.»
A la cinquantaine – une carrière de journaliste, un mariage avec sa femme Christine et deux enfants plus tard –, la crise devient existentielle. «Je ne souhaitais pas mourir dans ce corps qui n’était pas le mien», explique-t-elle. Le 13 février 2019, son vœu est exaucé. Par la médecine plus que par les cieux. Après une vaginoplastie, son corps et son esprit sont finalement réunis. Les premiers mots qu’elle perçoit au réveil sont ceux d’une infirmière : «Madame, ça va ?» Hier comme aujourd’hui, la réponse reste identique. «Je n’ai jamais été aussi heureuse d’être enfin moi-même», s’extasie-t-elle, le sourire à hauteur de sa boucle d’oreille.
Comme Béatrice Denaes, après 50 ans, des personnes font leur coming out trans – c’est-à-dire annoncent ne pas s’identifier au genre qu’on leur a attribué à la naissance. En 2024, le cinéma s’est particulièrement intéressé à ces parcours de vie avec le film Emilia Pérez et le documentaire Will & Harper, qui racontent chacun à leur manière l’histoire de femmes ayant entamé leur transition sur le tard. En France, il est difficile de connaître avec certitude le nombre de transitions de genre menées à partir de la cinquantaine, tout comme celui, plus global, des seniors trans. «Selon les modes de calcul, les personnes trans représentent entre 1 et 2 % des moins de 25 ans, donc on estime que le pourcentage est inférieur chez les plus de 50 ans car davantage de monde se déclare trans aujourd’hui», détaille Arnaud Alessandrin, sociologue.
👉 L'article d'Adam Lebert est à lire dans l'appli Libé, lien en story
(Extraits articles de presse) Libération, le Monde, le Figaro, L'Equipe, Télérama, Première, AFP, Reuters, AP News
samedi 15 février 2025
"Je ne souhaitais pas mourir dans ce corps qui n'était pas le mien"
jeudi 12 décembre 2024
La haute autorité de santé veut un un accès gratuit à la transition de genre pour tous à partir de 16 ans
La Haute Autorité de Santé (HAS) avait été saisie en 2021 par le ministère des Solidarités et de la Santé, pour se prononcer sur les bonnes pratiques que les professionnels de santé doivent observer à l’égard des personnes souhaitant effectuer une transition de genre. Cette autorité publique indépendante a donc désigné à cet effet un panel d’experts chargés d’étudier les données scientifiques disponibles pour rendre leurs conclusions, sous la forme d’un document recensant des recommandations de bonnes pratiques pour les médecins et les soignants. Ces recommandations portent sur la conduite à tenir devant une demande de transition, la prescription d’hormones dites «d’affirmation de genre», la chirurgie de réassignation de genre et l’accompagnement à proposer aux personnes trans.
La publication de ces recommandations, prévue d’abord pour septembre 2023, a pris du retard, et un premier document a finalement été rédigé en novembre 2024. Ce document de travail est à présent en cours d’examen par un comité de relecture, qui peut encore formuler d’éventuelles remarques, avant que les recommandations définitives ne soient rendues publiques dans les prochaines semaines. "LeFigaro
mercredi 23 octobre 2024
Sauver "Emilia"
Sauver "EmiliaAlors que le film de Jacques Audiard «Emilia Pérez» représente la France à l’oscar du meilleur film international, le philosophe et réalisateur démontre pourquoi l’engouement pour cette œuvre tue le mouvement trans, une seconde fois.
Il n’est pas dans mes attributions de commenter les nouvelles sorties de films, sauf lorsque l’industrie cinématographique plante sa caméra sur un cadavre trans. Car lorsqu’il s’agit de nos morts, faire du cinéma, c’est faire de la politique. Et il y a besoin de deuil et devoir de rage. Et donc, je vais parler d’Emilia Pérez, car je veux, il le faut, sauver Emilia de la violence du regard binaire au cinéma. Je voudrais vous expliquer pourquoi les films qui vous amusent nous tuent. Et comment changer cette politique visuelle de la violence.
➡️ Lire la chronique sur Liberation.fr (lien en story)
✍️ Paul B. Preciado, philosophe
📸 Shanna Besson
dimanche 23 juin 2024
Monsieur le président la démocratie est et sera trans
Alors que les personnes trans réelles vivent une existence sociale, politique et économique précaire, privées de droits et de représentation politique, une image fantasmatique du «transsexuel» comme grande menace sociale est construite et brandie par les discours du populisme fasciste. Elle a été invoquée comme contre-argument électoral par le président de la République lui-même lors de la commémoration du 84e anniversaire de l’Appel du 18 Juin du général de Gaulle. Avec l’imprécision insultante de quelqu’un qui ignore les lois de réassignation d’identité de genre dans son pays, Macron s’approche d’un groupe d’électeurs potentiels et leur explique en petit comité, comme révélant un secret morbide auquel seuls les hommes du gouvernement ont accès, que l’extrême gauche est quatre fois pire que l’extrême droite, qu’il y a dans leur programme «des choses complètement ubuesques, comme aller changer de sexe en mairie». Inutile de vous expliquer, monsieur le Président, que cette ubuesque possibilité existe déjà dans la loi française.
Depuis 2016 une personne peut demander un changement d’identité de genre dans l’état civil en prouvant (ce qui n’est pas une mince affaire) «qu’elle se présente publiquement comme appartenant au sexe revendiqué ; qu’elle est connue sous le sexe revendiqué de son entourage familial, amical ou professionnel ; et qu’elle a obtenu le changement de son prénom afin qu’il corresponde au sexe revendiqué». Toutefois, dans un contexte de transphobie institutionnalisée, ce processus administratif reste long et discriminant, trop souvent jalonné par des refus, des moqueries et des insultes qui mettent en danger la survie de la personne en transition. Le Nouveau Front populaire, suivant les lois en vigueur dans d’autres pays européens, ne défend qu’une simplification administrative de cette procédure juridique, la même que vous aviez promise – le fascisme commence toujours par l’amnésie – dans une interview au magazine Têtu en 2022. Monsieur le président, touchez pas à mon trans. Touchez pas à notre démocratie.
👉 Texte complet est à lire sur Libération.fr
📷 Victoria Valdivia / Hans Lucas / AFP
vendredi 18 août 2023
La FIDE ne respectera pas le bannissement des personnes transgenre
Jean-Baptiste Mullon, vice-président de la Fédération française d’échecs, annonce à Libération que la France ne respectera pas le bannissement des personnes transgenres.
La Fédération internationale des échecs (Fide) a pris le milieu par surprise en publiant lundi 14 août un communiqué dans lequel elle interdit la participation des joueuses d’échecs transgenres aux compétitions féminines mondiales. Si la question de l’inclusion des sportifs transgenres se cristallise ces derniers mois autour de la natation, du cyclisme ou encore de l’athlétisme, les échecs, au contraire, sont une discipline sportive où la performance physique n’est pas de mise. Alors pourquoi une telle décision ? Certes la Fide, fondée en 1924 à Paris, est aujourd’hui présidée par un ancien vice-premier ministre russe, Arkadi Dvorkovitch. Et le régime de Poutine qui mène actuellement une croisade contre les personnes transgenres, a récemment interdit les transitions. La Fide a donc préféré reléguer les femmes transgenres dans une catégorie ouverte, en attendant une nouvelle réglementation sur la question, dont l’élaboration pourrait durer deux ans. Jean-Baptiste Mullon, vice-président de la Fédération française des échecs, se désolidarise de cette décision, et ne compte pas appliquer l’interdiction aux compétitions nationales.
L'interview menée par Sascha Garcia est à lire dans l'app Libération, lien en story
📸 AFP
dimanche 14 mai 2023
Droits des personnes trans et intersexes
Dans un défilé plus politique que jamais, les défenseurs des droits des personnes trans et intersexes ont manifesté ce samedi 13 mai à Paris. Lors d’un «atelier pancarte» de préparation, @liberationfr avait pu rencontrer cinq jeunes trans.
Eminemment politique, la marche de l’ @existransinter revêt chaque année une ampleur supplémentaire, en même temps que les menaces grandissent contre les droits des minorités. C’est ce qui a poussé Stella, 27 ans, à prendre part à un atelier de confection de pancartes, deux jours auparavant. «D’habitude, j’ai la flemme. Mais là, le contexte est trop grave», souligne celle qui «voit en ligne de mire l’élection présidentielle de 2027». Et d’ajouter d’un ton grave : «Je le sens très bien que l’on glisse doucement vers l’extrême droite. Si on n’agit pas d’ici là, tous nos droits vont sauter.»
Jeudi soir, elle avait poussé les portes de La Bulle, un lieu interassociatif au cœur du Marais, à Paris. Dans ces locaux fraîchement acquis où l’odeur de peinture fraîche flotte encore, Gabriel les attendait. Face aux cinq personnes présentes, le jeune homme de 29 ans, membre de l’@association.outrans et animateur de l’atelier organisé par le collectif ExistransInter, lunettes sur le nez, lance d’abord «un petit tour de table, avec les prénoms et pronoms». Histoire d’être sûr que personne ne soit mégenré et que chaque identité soit respectée.
Sur une immense table beige, les bouts de cartons vierges sont entassés, les pots de peintures alignés et les pinceaux prêts. «Si vous n’avez pas d’idée, j’ai une liste de slogans», guide Gabriel. Titi, Gabriele et Axel acceptent volontiers. Julia a fière allure, du haut 1,85 m, cuir noir sur le dos et casque en main. Elle vient terminer une pancarte commencée quelques jours plus tôt. Son mantra : «Respect Existrans or expect resistance». Elle traduit : «Je demande tout simplement aux gens de nous respecter, sinon, qu’ils ne s’étonnent pas que l’on défile dans la rue pour demander le respect.»
👉 L'intégralité du reportage de Sascha Garcia est à lire dans l'appli Libé
📷 @lesjouesrouges
samedi 22 avril 2023
Tal Madesta de femme à homme
Vérifié
@tal.madesta a mis vingt-sept ans à accepter qu’il n’était pas une femme. Devenir un garçon ne faisait pas partie de son imaginaire tant la masculinité le renvoyait à ce père qui les brutalisait, sa mère et lui. «Petit, j’étais terriblement conscient d’être une fille», écrit-il intentionnellement au début de son récit. La transition n’est pas une ligne droite, discours stéréotypé («tout petit déjà») déversé au psy ou au juge pour changer de vie. C’est un parcours jalonné de doutes et d’interrogations, tout en singularité comme chaque histoire personnelle.
La vie de Tal Madesta a radicalement changé il y a trois ans quand il a pris la décision de construire sa propre masculinité. Autre nom, autre vie, Tal est aujourd’hui un homme de 30 ans, fine moustache bordant ses lèvres, anneau doré à l’oreille. Il vient d’écrire «la Fin des monstres. Récit d’une trajectoire trans, premier livre publié par la toute nouvelle maison d’édition de la revue féministe @ladeferlanterevue. Ce «monstre», décrit par le psy normatif, le catholique intégriste ou le dirigeant populiste, n’est ni lui ni tous celles et ceux qui ont traversé la frontière des genres.
💬 «J’ai fait l’expérience de l’invisibilité ! Au bout de quelques mois d’hormones, on ne m’appelait plus «madame» dans la rue. Devenir «un homme» signifie ne plus se faire harceler dans la rue, ne plus vivre de violences sexistes. Le parcours des hommes trans est souvent plus rapide que pour les femmes trans, la testostérone agissant plus vite.
Mais la transition, c’est aussi la difficulté et la violence du parcours en lui-même qui vulnérabilise particulièrement au début où nous sommes dans cet entre-deux : pas assez femme, pas assez homme non plus. Cette déviance par rapport aux normes de genre crée énormément de violences. Comme beaucoup d’autres personnes trans, j’ai vécu un gros rejet familial au moment de l’annonce.»
👉 L'intégralité de l'interview par Cécile Daumas, issue de notre newsletter L, est à lire dans l'appli Libé
📷 @lucileboiron
Le plus grand aéroport d'Europe paralysé par une panne de courant
L'aéroport londonien de Heathrow, le plus grand d'Europe, a été contraint de fermer vendredi pour toute la journée en raison d...