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mardi 11 juillet 2023

Nanterre, des bidonvilles des années 50 à l'utopie

 

Ce matin du 2 novembre 1964, les trains de banlieue en provenance de Paris Saint-Lazare marquent comme d’habitude l’arrêt à Nanterre-La Folie. 

Mais, en ce lundi de rentrée universitaire, de nouvelles silhouettes s’égaillent dans ce paysage peu accueillant : des jeunes d’une vingtaine d’années – garçons en veste, chemise, souvent cravatés et, moins nombreuses, filles en robe ou jupe descendant à la hauteur des genoux –, déferlent par vagues à la sortie de la gare. Les voilà qui s’engagent en hésitant sur la direction à prendre au milieu du cloaque d’une tranchée boueuse d’où émergeront dans plusieurs mois les voies du RER A et la nouvelle gare Nanterre-Université.
Ils sont près de mille étudiants venus pour la majorité d’entre eux de Paris, qui se sont inscrits pendant l’été à cette nouvelle faculté de lettres et de sciences sociales : l’université Paris-Nanterre d’où, le 22 mars 1968, démarrera la révolte étudiante, prélude au grand mouvement de Mai 68. Mais, en ce début des années 1960, le pays n’en est pas là. Il faut soulager la Sorbonne, qui menace de déborder, et les autorités ont choisi cet ancien site militaire de l’armée de l’air pour y ériger cinq bâtiments reliés par un immense couloir.

A peine trois ans auparavant, à quelques centaines de mètres de là, un bidonville peuplé de travailleurs algériens couvrait une partie de cet espace situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest de la capitale. Ils étaient là depuis la fin de la guerre, œuvrant à la reconstruction du pays ou sur les chaînes des usines automobiles de Simca et de Citroën. 

Parqués à la va-comme-je-te-pousse dans cette zone au milieu de nulle part, ils avaient improvisé des cabanes de planches, de tôles ondulées et d’autres matériaux de récupération.

Photo : AFP

jeudi 6 juillet 2023

A Nanterre, l'utopie envolée des tours nuages

 

Avant le drame, il y eut l’utopie. 
Le jeune Nahel M., tué le 27 juin par le tir à bout portant d’un policier lors d’un contrôle routier, était originaire de la cité Pablo-Picasso, à Nanterre (Hauts-de-Seine), qui s’est aussitôt retrouvée au cœur des émeutes urbaines. Un quartier populaire, en proie à de profondes difficultés sociales depuis plusieurs décennies, mais qui fut, à l’orée des années 1970, porteur d’un urbanisme utopique.

Il s’y dresse, dans un entrelacs d’allées piétonnières, des gratte-ciel non pas rectangulaires, mais cintrés et ondulés, dont l’empreinte au sol a la forme de feuilles de trèfle ou de nuages. Le revêtement de ces dix-huit tours, en pâte de verre coloré, crée un jeu de couleurs entre bleu du ciel et vert forêt, qui, selon l’heure du jour et l’orientation du soleil, ne composent pas le même paysage urbain.
Ces tours Nuages (aussi appelées tour Aillaud) si singulières, aux fenêtres de formes variées et insolites (en rond, en carré, en feuille de sauge), disposées de façon irrégulière pour éviter le quadrillage, voient le jour entre 1973 et 1982. Conçues par l’architecte Emile Aillaud (1902-1988), alors en vogue et très estimé du président moderniste Georges Pompidou, elles se distinguent de la production de logements fonctionnalistes qui ont caractérisé la période de reconstruction de l’après-guerre.

Photo : Le parc André-Malraux, au pied des tours de la cité Pablo-Picasso, à Nanterre, en juillet 1978. Keystone France / Gamma Rapho



mercredi 5 juillet 2023

La crainte que les émeutes ne soient pas terminées

 

Pour la sixième soirée de suite, dans la nuit de mardi 4 à mercredi 5 juillet, plus de 40 000 policiers et gendarmes ont quadrillé le territoire après les graves émeutes de la semaine passée. Une mobilisation inédite qui n’a pas empêché de nouvelles dégradations : 116 feux de poubelles, 78 incendies de véhicules, huit bâtiments touchés mais, pour la première fois en huit nuits, plus aucune attaque recensée contre des locaux de la police, de la gendarmerie ou des bureaux de police municipale. « On nous explique que ça se calme, observe un fonctionnaire de police, mais quand on passe de 1 000 degrés à 300 degrés, il fait toujours chaud. »


Pour le moment, l’urgence de la situation détourne encore les membres des forces de l’ordre de « l’après », lorsque surviendra l’indispensable débat sur leurs missions, sur les treize morts lors de refus d’obtempérer comptabilisés depuis début 2022 ou le devenir des centaines de quartiers désormais sinistrés.

En attendant, une crainte parcourt l’institution : l’éventualité d’un nouveau cycle de tensions en cas de révélations tardives de graves blessures ou, pire, de mort, causées par les forces de l’ordre au cours des affrontements. Le risque est identifié depuis longtemps et des affaires émergent.

Photo : L'école Miriam-Makéba de Nanterre a été vandalisée le 27 juin 2023 et placée sous protection des forces de l'ordre. Le 28 juin 2023. @michaelzumstein #pourlemonde

mardi 4 juillet 2023

Jeunes, survoltés, des émeutiers au profil complexe

 

Ils sont ceux dont tout le monde parle mais à qui il est dur de parler. 
Pour entamer une discussion avec des jeunes ayant participé aux émeutes des derniers jours, il faut montrer patte blanche, accepter de recevoir en retour un refus plus ou moins poli, souvent se contenter de quelques mots bredouillés. 
Et parfois saisir l’opportunité d’un jeune qui vient vers vous pour quémander un partage de connexion afin d’envoyer quelques vidéos, sur Snapchat, de l’avenue Pablo-Picasso de Nanterre, jonchée de carcasses de voitures brûlées après une deuxième nuit d’émeutes.

Entouré de deux autres adolescents de 14 ans habitant aussi dans les tours Aillaud, l’enfant du quartier refait le fil de la soirée. « Ça devient hostile ici, assure-t-il. Ça va être pire qu’en 2005. » Trop jeunes, eux n’ont pas connu ces émeutes provoquées par la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), mais elles sont bien dans leur tête, tout comme le nom de Nahel M., 17 ans, tué par un policier lors d’un contrôle routier le 27 juin. 
« Un fils de pute de policier a enlevé son seul fils à la mère de Nahel et ça, on ne peut pas l’accepter. Ce soir, on sort les mortiers », préviennent-ils, avant de disparaître dans le cœur de la cité.

Difficile de dresser un profil type de ces révoltés nocturnes. Ils sont plutôt jeunes, peu bavards, parfois âgés de seulement 12 ou 13 ans et dépassant rarement la trentaine. Leurs parcours et leurs motivations se racontent plutôt à travers les paroles de ceux qui les côtoient. 
« Il y a de tout chez ces jeunes. 
Certains bossent, sont insérés, mais subissent les discriminations et se révoltent. Puis il y a ceux qui sont déjà dans des circuits de plus ou moins grande délinquance », confie un responsable de la mairie de Nanterre. 
La plupart semblent être en décrochage scolaire, connaissent une situation familiale fragile à laquelle s’ajoute la précarité des quartiers populaires.
#pourlemonde

lundi 3 juillet 2023

Violences dans les grandes villes Françaises

 

Les violences commises en France n’ont désormais plus grand-chose à voir avec la mort du jeune Nahel M., tué par un policier à Nanterre, mardi 27 juin. 
Depuis vendredi 30 juin, les émeutes qui touchent des centaines de communes en France ont changé de nature, avec une intensité inédite, des niveaux de violence extrême, des pillages de commerces, des attaques contre des services publics, contre des fonctionnaires, contre des élus et, finalement, plusieurs milliers de victimes directes d’incendies, de violences, de dégradations ou de vols.

En cinq nuits et autant de journées de violences, le bilan a dépassé en gravité, de l’avis de plusieurs sources, celui des émeutes de l’automne 2005 qui avaient duré trois semaines.

Les chiffres ne donnent qu’un aperçu de ces très longues heures où des groupes d’émeutiers ont pris le contrôle de leurs quartiers – ce qui était déjà arrivé. 
Mais ils ont aussi attaqué des services publics ou des commerces dans les centres-villes, provoquant la panique à Marseille, Lyon, Toulouse ou Strasbourg, parfois noyées sous les lacrymogènes, le bruit des explosions et l’odeur des incendies. 
La nuit, mais aussi en plein jour, malgré un dispositif policier considérable, avec plus de 40 000 fonctionnaires mobilisés, dont des unités comme celle des policiers du RAID ou des gendarmes du GIGN, et le recours à des blindés de la gendarmerie.

Photo @brunoamsellem #pourlemonde


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