C’est l’aube au @centrepompidou : un coq nous accueille. Il date de 1935, ne chante pas. Trois autres coqs suivent un peu plus loin, également muets, d’un gris clair, en plâtre. Par-devant, on ne voit que leurs crêtes et une patte pour chacun d’eux. Les pattes sont posées sur de petits socles ronds, trapus, de taille et de hauteur différentes. Les socles de Brancusi : des ancres, mais aussi des aires de décollage ou de lévitation. Là-haut, le gallinacé mis à nu finit en pointe, comme la cime d’un petit sapin, fin et tranchant. Le coq a quelque chose du roc, et son buste, de l’arbuste : sculpture d’hiver, à formes persistantes. De profil, on ne voit plus que les scies des crêtes et la raideur des pentes. Ce qui renvoie à la réalité n’est qu’un signe de la réalité.
La précédente rétrospective consacrée à Constantin Brancusi datait de 1995. Il était mort en 1957. Son atelier de 200 m², situé devant le centre Pompidou, on le visitait. Mais ses archives, 62 boîtes de papiers, de photos, de disques, de dessins, et même de quelques peintures, étaient bloquées par un conflit entre le couple de légataires universels (Brancusi n’avait pas d’enfants) et l’Etat. Elles ont été acquises par celui-ci en 2001, et les rares films où l’artiste apparaît, en 2011. Si l’exposition dirigée par Ariane Coulondre est une réussite intellectuelle autant qu’esthétique, c’est aussi parce qu’elle a bénéficié de ces documents. Plusieurs d’entre eux sont exposés dans la vitrine centrale, qui fait face à une reconstitution presque enchantée de son atelier : elle rappellera, à ceux qui l’ont vue, celle de l’atelier d’André Breton dans l’exposition de 1991 qui lui fut consacrée. Un magnifique mur est composé de certaines pochettes des 200 disques, 33 et 78 tours, qu’il possédait : beaucoup de folklore d’Europe orientale, sud-américain, balinais, mais aussi du jazz, de grands airs russes ; de la musique populaire avant toute chose. Brancusi posait certaines sculptures sur des roulements à billes qui tournaient grâce à un moteur de gramophone.
👉 L'intégralité de l'article de Philippe Lançon est à lire dans l'appli Libé
📷 «Danaïde» de Brancusi, 1913. Centre Pompidou
(Extraits articles de presse) Libération, le Monde, le Figaro, L'Equipe, Télérama, Première, AFP, Reuters, AP News
dimanche 21 avril 2024
Brancusi l'oiseau rare à Beaubourg
lundi 26 février 2024
Henri Matisse et le japon une histoire d'influence et d'échanges
Le peintre et sculpteur français Henri Matisse (1869-1954) ne s’est jamais rendu au Japon, mais son œuvre y est abondamment célébrée. En témoigne la grande exposition organisée jusqu’au 27 mai au National Art Center (NACT), dans le quartier de Roppongi, au cœur de Tokyo. Au fil de cent cinquante œuvres réunies sur près de 3 000 mètres carrés sous le titre « Formes libres », le musée propose une vision globale du travail du natif du Cateau-Cambrésis (Nord).
« L’idée était d’offrir un ensemble dont le sens aboutit à la grande gouache découpée Fleurs et fruits, montrée pour la première fois au Japon, et de voir l’évolution de Matisse, des petits formats vers une peinture qui sort du cadre et va vers la décoration », indique Claudine Grammont, cheffe du cabinet d’art graphique du Centre Pompidou, à Paris, auparavant à la tête du Musée Matisse de Nice, d’où est issue la quasi-totalité des œuvres présentées.
Le parcours de l’exposition, initialement prévue en 2021 mais reportée à cause de la pandémie de Covid-19, conduit de la première peinture de l’artiste, Nature morte aux livres, réalisée en 1890, à l’âge de 21 ans, à la chapelle de Vence (Alpes-Maritimes), dont Matisse avait signé la décoration, reproduite ici grandeur nature, avec un habile jeu de lumières rejouant la course du soleil à travers les vitraux.
Photo : « Fleurs et fruits » (papiers gouachés découpés, 1952-1953), d’Henri Matisse , dans l’exposition « Formes libres », au National Art Center de Tokyo (Japon). SERVICE DES RELATIONS PUBLIQUES DE LA VILLE DE NICE
lundi 5 juin 2023
Sarah Bernhardt au Petit Palais à Paris
Au Petit Palais, une exposition déroule le tapis rouge à Sarah Bernhardt. Première star parmi les stars, elle aura tout inventé, de sa gestion de l’image de véritable influenceuse à sa vie débridée et avant-gardiste.
Telle qu’on la découvre à Paris, l’opulente exposition est découpée en douze parties, dont certaines subdivisées. Mais nul doute que si la chronologie l’avait permis, d’autres chapitres auraient encore enrichi l’évocation : «Sarah Bernhardt et la conquête de l’espace», «Sarah Bernhardt, égérie du combat contre le réchauffement climatique», «Sarah Bernhardt vulgarise la biotechnologie des polymères», etc. Car l’idée est bien là, qui consiste, par-delà l’aura artistique connue et reconnue, à dérouler le tapis rouge devant celle qui, cent ans après sa disparation (1844-1923), doit incarner le culte de la diva indéboulonnable.
Un statut suprême que parachèverait une modernité telle que l’argumentaire n’hésite pas à en faire la première influenceuse de l’histoire – accointances avec la mode et la pub comprises – talent immense et facéties infinies (mêlant caractère de cochon, ego surdimensionné et gestion de l’image avant-gardiste), confondus dans une saga authentique : du rôle patriotique qu’elle tiendra durant la guerre franco-prussienne de 1870 (où, à défaut de prendre les armes, elle transformera le théâtre de l’Odéon en hôpital militaire, s’improvisant au passage infirmière au chevet des soldats blessés), à la création d’une sorte d’Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) à Belle-Ile. Une villégiature où elle aimait tant venir se reposer (comprendre entre autres : chasser, pêcher la crevette, cuisiner, lire des manuscrits, apprendre des rôles, faire de la musique, organiser des réceptions, jouer au tennis, peindre, sculpter…) dans un fortin où, une fois débarquée, on ne manquait pas en toute discrétion et modestie de hisser la bannière qui clamait sa devise : «Quand même !» – choisie dès l’âge de 9 ans, «après un saut formidable au-dessus d’un fossé».
L'article complet de Gilles Renault est à retrouver dans Libération ce week-end et sur l'app Libération
📷 Paul Nadar, BNF
samedi 17 décembre 2022
Fela
25 ans après sa mort, Fela Kuti demeure un symbole de la lutte anticoloniale. Hors-norme et multidimensionnel, le Nigérian est le premier Africain auquel la Philharmonie consacre une exposition.
Les fans de hip-hop comme les férus de musique électronique se retrouvent autour de ce personnage hors-norme dont l’aura n’a cessé de grandir depuis sa mort, le 2 août 1997. Porte-étendard du mouvement afrobeats qui colonise l’Amérique, le Nigérian Burna Boy, dont le grand-père Benson Idonije fut le premier manager de Fela Kuti, l’a samplé avec le succès que l’on sait et c’est Chris Martin, leader du groupe Coldplay, qui s’est chargé d’éditer un coffret de sept albums. «La force de Fela est d’avoir créé un style qui a changé la scène musicale africaine. Il a été un point central d’inspiration aussi bien pour Miles Davis que James Brown, John Lennon, Paul McCartney, Brian Eno, Jay-Z, Beyonce, Wyclef, Red Hot Chili Peppers…
Quelque part il est devenu crossover.
C’est un pilier de la culture mondiale», insiste Femi, son fils aîné.
Auteur et compositeur, saxophoniste et claviériste, Fela fut un artiste multidimensionnel. Des superbes visuels de ses albums – photomontages, collages, dessins hauts en couleurs à l’image de ceux réalisés par le génial graphiste Lemi Ghariokwu – à l’emblématique vestiaire – des costards ultrachics jusqu’aux fameux slips moulants qu’il arbore sur scène ou certaines pochettes – de Fela qui donnait corps à l’afrobeat, de la troupe hétéroclite qui l’accompagnait aux pamphlets du style prophétiques, l’exposition parvient en un nombre limité de mètres carrés à démontrer comment il sut composer un personnage appelé à traverser les âges et contrôler à tout moment son image. Et ce malgré les pressions qui s’accumulèrent.
L'article complet de Jacques Denis est à retrouver dans Libération ce vendredi
📸 Adrien Boot / Urbanimage
Le plus grand aéroport d'Europe paralysé par une panne de courant
L'aéroport londonien de Heathrow, le plus grand d'Europe, a été contraint de fermer vendredi pour toute la journée en raison d...