Le malaise était palpable ces derniers jours dans les locaux des Presses universitaires de France (PUF), à Paris. La cause de cet embarras ? La parution prochaine d’un livre dénonçant l’«assaut inédit» du «mouvement woke» sur la science en Amérique du Nord et en Europe. Titré «Face à l’obscurantisme woke», l’ouvrage collectif dirigé par les universitaires Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador et Pierre Vermeren, entendait alerter sur la «pénétration des idéologies décoloniales, des théories de la race et du genre dans les milieux actuels de la recherche en lettres et sciences humaines, en droit et même dans les sciences dures». L’essai devait paraître le 9 avril et était annoncé depuis des semaines dans les programmes de publication que la maison d’édition a envoyé aux journalistes en amont des sorties en librairie. Sa quatrième de couverture inquiétante tout en rouge et noire circulait sur Internet et il n’était pas rare de voir des acteurs du monde des idées et des sciences s’émouvoir sur les réseaux sociaux d’un tel projet éditorial.
A l’origine très contestable, la thèse du livre perd plus encore en crédibilité depuis que Donald Trump s’est lancé dans une offensive obscurantiste contre la recherche américaine, lui aussi au nom de l’anti-wokisme.
Dans un contexte aussi hostile à l’université et la recherche, il semblait pour le moins malencontreux de maintenir la publication de «Face à l’obscurantisme woke», dont le propos épouse parfaitement les obsessions trumpistes. C’est pourquoi, les PUF ont acté, la suspension de l’ouvrage. «Nous estimons que les conditions nécessaires à un accueil serein de ce livre collectif ne sont plus réunies aujourd’hui, expliquent les PUF, le projet de cet ouvrage ayant été conçu il y a deux ans dans un contexte bien différent.» Le circuit de fabrication du livre, qui n’avait pas encore été imprimé, a été stoppé net. Il n’était plus possible pour cet éditeur historique de sciences humaines d’assumer une thèse aussi éloignée de la réalité et de se mettre ainsi dans les pas d’un chef d’Etat autoritaire et complotiste.
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📷 Serge Attal / Only France. @afpphoto
(Extraits articles de presse) Libération, le Monde, le Figaro, L'Equipe, Télérama, Première, AFP, Reuters, AP News
lundi 10 mars 2025
Les PUF suspendent la parution d'un livre anti-woke aux obsessions trumpistes
vendredi 22 mars 2024
Rachida Dati ne sait pas ce qu'est le wokisme mais elle est contre
Wokisme ? Il est passé par ici, il repassera par-là. Depuis des années, la droite est en ébullition à propos du wokisme et, comme hier avec le spectre bolchevique, voit des wokes partout. Le problème, c’est que personne ou presque ne sait ce qu’est le wokisme. C’est le cas de Rachida Dati qui, jeudi 21 mars en commission d’enquête sur la TNT, l’a admis.
Alors que le rapporteur de ladite commission, le LFI Aurélien Saintoul, lui demandait si elle pouvait lui dire ce qu’était le wokisme, la ministre de la Culture a répondu : «Je n’en ai pas une définition précise. Aucune idéologie, aucune action, aucune cause, ne justifie d’empêcher la projection d’un film, la tenue d’une conférence, la tenue d’une pièce de théâtre ou la lecture d’un livre», a-t-elle assuré. Les militants d’extrême droite qui s’agitent dès qu’ils le peuvent pour bloquer des manif ou des concerts de rappeurs seront ravis d’apprendre qu’ils sont woke.
Tout cela témoigne soit d’une méconnaissance totale soit d’une volonté de dénigrer les mouvements contestataires en les englobant sous une même entité, le wokisme, qu’on résume donc à de la censure. Dati étant plutôt futée, on opte plus volontiers en la seconde option.
👉 Article issu de la notre newsletter politique Chez Pol, lien en story
📷 Anne-Christine Poujoulat / @afpphoto
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