On ne reprendra son souffle qu’une fois. Le temps d’une représentation claudicante de «Roméo et Juliette», dans une salle du service de soins psychiatriques de l’hôpital Beaujon, à Clichy. Le rôle de Juliette est tenu par un patient. Il a expliqué quelques plans plus tôt comment il fuyait les fenêtres ouvertes de l’hôpital de peur de s’y précipiter et le voilà qui porte, amusé, une bouteille en plastique à la bouche, mimant l’empoisonnement : «Je ne peux pas vivre sans toi mon Roméo…» Devant lui les autres patients rient, des adolescents surtout, nombreux au service psychiatrique de l’hôpital Beaujon, dans les Hauts-de-Seine.
Pour le reste, c’est plutôt la boule au ventre qu’on fixera, parfois hallucinés, le documentaire «Etat limite» de Nicolas Peduzzi (Southern Belle, Ghost Song autour de personnages fissurés et délaissés, déjà) présenté à Cannes l’an dernier dans la sélection de l’Acid et désormais diffusé sur @artefr, terrible et trépidant. Etat limite des patients bipolaires, suicidaires, phobiques, en pleine bouffée délirante ou sévèrement dépendants à l’alcool ou à la drogue. Etat limite du service psychiatrique lui-même : un seul médecin psychiatre, secondé par quelques internes et aides-soignants en nombre (très) insuffisant. Etat limite de l’hôpital public tout entier – pieds nus qui débordent de brancards serrés les uns contre les autres dans une salle d’attente. Etat limite, enfin, des soignants, et en premier lieu du docteur Abdel-Kader, 34 ans, hors norme, qu’on ne quittera jamais ou presque pendant une heure quarante.
«C’est assez vertigineux d’être face à des patients qui se défenestrent tout le temps», résume une jeune interne, elle aussi gagnée, au terme de sa journée, par l’anxiété. Image cabossée, caméra de guingois parfois, vertigineuse elle aussi, mais toujours là auprès des corps et des psychés en morceaux, des regards denses, fermés, doux, absents, inquiets, vaporeux.
👉 L'intégralité de l'article de Sonya Faure est à lire dans l'appli Libé
📷 Penelope Chauvelot / Les Alchimistes. Lightdox
(Extraits articles de presse) Libération, le Monde, le Figaro, L'Equipe, Télérama, Première, AFP, Reuters, AP News
mardi 27 février 2024
Le documentaire sur ARTE "Etat limite"
jeudi 23 novembre 2023
L'affaire Bettencourt sur Netflix le fisc c'est chic
Ne pas confondre avec un docufiction, car tout y est vrai, nombreux témoins ou documents à l’appui : l’affaire Bettencourt, revue par Netflix, est surtout très vue depuis quelques jours. Non seulement en France (près de 4 millions à ce jour, selon Netflix), mais aussi en Suisse ou au Luxembourg (deux pays très sensibles à la problématique fiscale). Car le documentaire, en trois chapitres d’une heure, est fort bien troussé. Permettant de découvrir «l’envers du décor chez les ultra-riches», de se «rendre compte que l’argent rend fou, à tous les niveaux.» Où on paie souvent en cash, plus que de raison.
Judiciairement, l’affaire Bettencourt a été définitivement soldée en 2016, par un arrêt de la cour d’appel. Dans le documentaire, le seul protagoniste direct qui témoigne à l’écran est son ancien grand argentier, Patrice de Maistre, le plus lourdement condamné (dix-huit mois de prison ferme). Au départ, une affaire d’abus de faiblesse : le photographe mondain François-Marie Banier étant soupçonné de profiter de la générosité d’une Liliane Bettencourt dont la maladie d’Alzheimer n’avait pas encore été diagnostiquée : 200 millions d’euros en diverses prodigalités, pouvant à l’avenir friser le milliard… A l’écran, Me Georges Kiejman, ancien avocat de la propriétaire de L’Oréal, rappelle qu’elle «avait beaucoup de charme mais sans beaucoup d’occasions de l’exploiter», son mari, André Bettencourt, «ne s’intéressant pas aux femmes : un enfant, point barre». Banier, qui ne figure pas au casting du documentaire, saura en faire son miel. Et s’en sortira finalement bien : quatre ans avec sursis, sans passer par la case prison, avec en sus l’annulation de ses 158 millions de dommages et intérêts à verser à la famille Bettencourt. Il peut donc garder l’argent.
Le docu évoque bien ce moment où «la rivière sort de son lit Banier», où l’affaire Bettencourt bascule de l’abus de faiblesse à une évasion fiscale massive. Révélé par les écoutes de son majordome, Pascal Bonnefois, le scandale excitera médias et enquêteurs.
👉 L'intégralité de l'article de Renaud Lecadre est à lire dans l'appli Libé
📷 @netflix
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