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mercredi 12 juillet 2023

Milan Kundera est mort à l’âge de 94 ans


Milan Kundera, le plus européen des écrivains, est mort à l’âge de 94 ans.

Né à Brno, capitale de la Moravie (République tchèque), en 1929, Kundera appartient à une famille d’artistes. En 1948, il s’inscrit au Parti communiste tchèque, mais en sera exclu pour quelques mots imprudents. Il en sera de même pour l'université, puis pour l’institut du cinéma où il travaillait en tant qu’enseignant. Ses livres sont également interdits dans les librairies et les bibliothèques
Arrivé en France en 1975 après avoir été contraint à l’exil, l’auteur du « Livre du rire et de l’oubli » et de « L’Insoutenable Légèreté de l’être » a longtemps été résumé à la figure de l’écrivain dissident, prisonnier de l’enfer soviétique, et son premier roman traduit en français, « La Plaisanterie », réduit à son aspect politique.
Accueilli à Rennes où des amis lui ont trouvé un emploi, Kundera se livre à l’apprentissage de la langue française, mais il continue à écrire ses romans dans sa langue maternelle. Naturalisé français en 1981, l’auteur demeure avant tout un écrivain tchèque. Il faudra attendre « La Lenteur » (1995) pour que Kundera ose devenir un romancier de langue française.

Un romancier français ? Oui et non. 
Oui, car il reprend à son compte les traditions les plus vivaces et les plus inventives du roman français. Non, car il replace la littérature française dans le grand courant européen où s’invente et se développe le roman, de Cervantès à Beckett. Livre après livre, cette œuvre européenne a pris sa place parmi les grandes créations de la littérature mondiale. Son rire, ses colères, son pessimisme lucide quant à l’avenir de notre modernité, le sens critique aigu qu’il savait déployer dans des phrases nettoyées de toute sentimentalité, tout cela demeurera désormais. Aussi longtemps que le monde saura lire des romans.


Retrouvez l'intégralité de notre hommage à Milan Kundera, signé Pierre Lepape, sur Télérama.fr

📸 Milan Kundera en 1979. Photo Jean-Pierre Couderc / Roger-Viollet

Mort de Milan Kundera, l’infinie liberté des lettres


Milan Kundera, né tchécoslovaque le 1er avril 1929 et mort français mardi 11 juillet 2023 à 94 ans, d’après la chaîne de télévision publique tchèque ČT24, a en quelque sorte inventé – de sa pleine volonté en ce qui concerne son travail, à l’insu de son plein gré pour sa réception – l’insoutenable légèreté de l’humour. 

Après trois recueils de vers parus dans son pays natal dans les années 1950, son œuvre véritable commence, telle qu’il la définit lui-même dans les deux volumes Pléiade qui lui sont consacrés en 2011, avec Risibles Amours, regroupant sept nouvelles devenant, au fil des éditions, sept parties, et son premier roman, la Plaisanterie (en sept parties également, comme bon nombre d’autres romans et essais de Kundera). «Personne ne va rire» est le titre du premier texte retenu de Risibles amours (le premier, en 1958, est «Moi, Dieu pitoyable», en définitive rejeté). On y trouve de nombreux thèmes à venir. «Nous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens.» Les personnages de Kundera sont souvent pris dans une blague, ici à propos d’un compte rendu critique en revue dont l’importance grandit de façon démesurée, qui tourne bien, qui tourne mal – mais qui tourne.

La vengeance sexuelle qui est le motif central de la Plaisanterie s’opérera aussi sans que le héros vindicatif en profite complètement, mais en définitive c’est Milan Kundera lui-même qui va se retrouver au centre du comique, d’une espèce de mystification à ses dépens. Si le roman a été achevé en 1965, il paraît, avec succès, en Tchécoslovaquie en 1967 et en France à la rentrée littéraire 1968, juste après l’écrasement du Printemps de Prague par les troupes soviétiques. Aragon lui-même se fend d’une préface pour tout à la fois défendre le roman et attaquer l’intervention militaire.

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📸 Pino Grossetti / Bridgeman Images

La une de Libération du jeudi 13 juillet 2023

 
Milan Kundera, sa vie est ailleurs
La une de @liberationfr ce jeudi

Pourfendeur des idéologies, le romancier franco-tchèque est mort mardi à Paris, à l'âge de 94 ans. Il laisse derrière lui une œuvre empreinte de liberté et d'un humour grinçant.

📸 Jean-Pierre Couderc / Roger Viollet

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