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jeudi 18 janvier 2024

Dans la fabrique de Marie Darrieussecq

 

Combien faut-il de livres pour amener un écrivain, une écrivaine, au faîte de sa maîtrise ? Il y a les milliers de textes lus, bien sûr, et ceux qui constituent sa propre bibliographie. Fabriquer une femme est le vingtième que Marie Darrieussecq publie chez P.O.L depuis Truismes (1996). Un chiffre rond pour un roman dont l’écrivaine reconnaît qu’il n’est « pas loin du ­bilan ». On y retrouve Rose et Solange, amies depuis l’enfance, héroïnes de La Mer à l’envers (2019) pour l’une, de Clèves (2011) et Il faut beaucoup aimer les hommes (2013) pour l’autre. A partir de leurs 15 ans, l’histoire est racontée du point de vue de la première puis de la seconde, chacune incarnant la construction d’un certain type de destin féminin, « avec un petit côté Jane Austen », explique en souriant Marie Darrieussecq au « Monde des livres ». L’autrice confie avoir équitablement distribué des éléments de son autobiographie entre Rose, « la bonne élève » (née dans un milieu plus bourgeois que sa copine, elle poursuit des études, se marie et fait des enfants à l’âge attendu avec son amour de jeunesse), et Solange, « plus punk » (le roman s’ouvre avec la découverte de sa grossesse, en classe de seconde). Tout au long du livre, on retrouve thématiques, obsessions et interrogations qui courent à travers son œuvre, dont de nombreuses études universitaires se font l’écho, renseignant Marie Darrieussecq sur son propre travail. L’autrice du Pays (2006) nous escorte obligeamment dans une promenade en ses ­contrées littéraires avec quatre arrêts pour admirer la vue.


Photo : L’écrivaine Marie Darrieussecq, à Paris, le 7 octobre 2021. 
DAMIEN GRENON / Photo12 via AFP

jeudi 9 mars 2023

"Ni putes ni soumises" vingt après




« Quand on commence, on n’est pas dix autour de la table. 
Personne ne veut y aller, il n’y a que nous, les kamikazes. » 
Loubna Méliane, 44 ans, remonte le temps depuis une immense salle de pause de la société de conseil Onepoint, où elle travaille en tant que leader égalité et pluralité. 
Il y a vingt ans, le 8 mars 2003, elle est de cette poignée de filles qui rassemblent 30 000 personnes dans les rues de Paris, après une marche des femmes des quartiers contre les ghettos et pour l’égalité à travers la France. 
Un succès impensable quelques mois plus tôt.

Les débats des féministes portent alors essentiellement sur la question de la parité en politique, introduite par une loi votée en 2000, sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin
Alors présidente de la Fédération nationale des maisons des potes, une émanation de l’association SOS Racisme, Fadela Amara répète souvent que la parité, vue des quartiers, « c’est comme les soldes à Hermès : inaccessible ». 
Pour elle, le féminisme a « oublié les filles des ghettos ». 
Elle loue les valeurs de la République, de la laïcité, et pense, comme Malek Boutih, le président de SOS Racisme, que le problème des banlieues se réglera par les filles.

Avec ce dernier, elle entreprend de réunir un petit groupe de personnes issues de l’association antiraciste, de syndicats lycéens, du PS, qui va « rallumer la flamme du féminisme », dit Loubna Méliane. 
Le mot d’ordre, trouvé par Malek Boutih : « Ni putes ni soumises ». 
Fadela Amara, née en 1964, y fait figure de « grande sœur », voire de « mère », selon les militantes. 

Aujourd’hui, elles se considèrent comme « orphelines », toutes ont coupé les ponts avec elle. 
Mais, parmi la dizaine de « kamikazes » des débuts, plusieurs continuent à se voir et à réfléchir à ce mouvement qui leur laisse à toutes un sentiment d’inachevé.

Photos : Cortège parisien de la marche des femmes des quartiers, le 8 mars 2003. 
PHOTOPQR/LE PARISIEN /MAXPPP

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