Il s’agit d’une norme, non écrite mais ultra-généralisée : lorsqu’ils entrent en première année d’éducation secondaire, entre 11 et 12 ans, les enfants espagnols doivent avoir un smartphone. Jusqu’à présent, cette injonction sociale était globalement assumée avec indifférence ou insouciance, parfois avec un certain fatalisme, selon les parents. Il a fallu la succession, depuis la rentrée, de plusieurs faits divers liés à l’usage des réseaux sociaux par des enfants et la mobilisation de groupes de parents contre l’accès précoce et souvent illimité aux portables pour que la question se transforme en un grand débat national.
Début septembre, des parents de la petite ville d’Almendralejo, en Estrémadure (centre), ont découvert que de fausses photos de leurs filles, totalement dénudées à l’aide d’un logiciel d’intelligence artificielle, circulaient sur les réseaux sociaux. Le nombre de victimes dépassait la vingtaine et leur âge oscillait entre 12 et 14 ans. Vingt-six garçons font, depuis, l’objet d’une enquête policière. Cinq, âgés de moins de 14 ans, ne sont pas responsables pénalement. Les autres risquent des peines allant de 2 à 9 ans de prison pour la production de contenus pornographiques impliquant des mineures.
A la fin du mois de septembre, c’est cette fois le village d’Astillero, en Cantabrie, qui a découvert, horrifié, que des dizaines de collégiens âgés de 14 ans avaient été inclus dans un groupe WhatsApp où circulaient des contenus pornographiques et extrêmes, incluant des images d’agressions sexuelles sur mineurs, des scènes de zoophilie ou des vidéos de décapitations. En novembre, enfin, la direction d’un établissement scolaire de Saint-Sébastien, au Pays basque, a pris la décision d’alerter les parents de l’existence d’un groupe diffusant des contenus pornographiques, mais aussi racistes, homophobes et franquistes. Il comptait près d’un millier de membres, âgés majoritairement de 13 à 15 ans.
Photo : Gaelle Marcel / Unsplash
(Extraits articles de presse) Libération, le Monde, le Figaro, L'Equipe, Télérama, Première, AFP, Reuters, AP News
vendredi 15 décembre 2023
En Espagne des parents se mobilisent pour interdire les portables aux enfants jusqu'à seize ans
lundi 3 juillet 2023
Papa, Maman, arrêtez de consommer
Le témoignage a tout du classique de la vie quotidienne contemporaine.
« Quand il sort son téléphone à table, on lui fait les gros yeux. Parfois, il ronchonne un peu et le pose, d’autres fois, il se vexe et se justifie. » Sauf que celle qui parle n’est pas une mère accablée par l’impolitesse de son ado, mais une jeune adulte. Eva, 19 ans, est désemparée par les pratiques numériques de son père, 52 ans. « Depuis le Covid, il a pris l’habitude de traîner sur les réseaux, raconte l’étudiante parisienne, qui a requis l’anonymat. Quand il regarde la télé, par exemple, il prend son téléphone parce qu’il reçoit une notification. Mais après l’avoir consulté, au lieu de reposer son smartphone, il traîne sur LinkedIn. Il swipe et, quand on le lui reproche, il nous dit que c’est pour le boulot. Certes, son travail est prenant, mais LinkedIn, ce n’est pas toujours du boulot… », raille-t-elle tendrement.
Des enfants qui font « les gros yeux » à table ; des parents qui quémandent quelques minutes supplémentaires, comme on négocierait une troisième fraise Tagada… Pendant la réunion de service, au journal, notre directeur artistique n’a pas eu besoin d’aller puiser l’inspiration très loin pour l’illustration de cet article. « Nos trois enfants, qui ont près de 30 ans, nous reprochent d’être rivés aux téléphones, a-t-il raconté. Quand on regarde la télé et que, dans le même temps, on scrolle sur nos smartphones, ils nous disent : “Papa, maman, arrêtez de consommer !” »
illustration : Marion LAURENT
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